Les objectifs de l'AOF

  Les objectifs de l'AOF

L'institution du Gouvernement général devait permettre de remédier aux maux dont souffraient les colonies françaises d'Afrique occidentale. Ceux-ci avaient pour nom divergence de vues dans la direction politique et militaire nuisibles à l'extension et à la consolidation de la domination française dans la région. Le nouvel organisme devait également créer les conditions nécessaires à une meilleure exploitation de cette partie du domaine colonial français.

Unité de vues et domination française

On constate à travers les événements survenus en Afrique occidentale et les débats, tant au Parlement que dans la presse, le manque d'unité de vues dans la direction politique et la conduite des opérations militaires avait constitué un souci majeur pour les autorités centrales françaises. Aussi, la nouvelle organisation se vit-elle assigner comme tâche prioritaire d'imprimer cette "unité de vues" qui faisait tant défaut à la conduite des affaires politiques et militaires de l'ouest africain. Le rapport précédant le décret du 16 juin 1895 le soulignait bien : «La situation créée dans le Soudan méridional par les opérations militaires qui ont eu lieu récemment au sud de Kong, et les conflits d'attributions qui s'étaient produits déjà l'année dernière entre les Gouverneurs voisins, au sujet d'incidents survenus dans les contrées avoisinant notre protectorat du Fouta-Djallon, ont appelé mon attention sur la nécessité, devenue impérieuse, de donner plus d'unité, dans nos possessions du Nord-Ouest africain, à la direction politique et à l'organisation militaire» (Vodouhé 1974: 128). Assurément, devait écrire Chautemps, «qu'il s'agisse du choix des voies de pénétration ou de l'action politique à exercer sur les populations indigènes, ou de l'organisation de nos forces défensives, l'unité de direction s'imposait» .

Et cela d'autant que « nos diverses possessions, le Sénégal, le Soudan, la Guinée française, la Côte d'Ivoire, le Dahomey, malgré la communauté de leurs hinterlands, s'ignoraient totalement entre elles». Les opérations militaires avaient souffert de cet état de choses : la preuve, « la colonne Monteil avait guerroyé pendant des mois dans le voisinage des pays de Kong sans que l'idée fut (sic) seulement venue d'utiliser les trois mille hommes de troupe que nous possédions dans la boucle du Niger, et qui eussent pu modifier heureusement le cours des choses».

notre domaine colonial n'a d'autre raison d'être que de contribuer au progrès économique de la métropole ... C'est afin de permettre à nos commerçants de trouver des débouchés pour les produits fabriqués ou des matières premières pour l'industrie nationale Les objectifs de l'AOF


©AOF, Dakar le palais du gouvernement

  Les objectifs de l'AOF

Le Gouvernement général devait donc s'efforcer de connaftre la situation exacte des différentes colonies du groupe, et procéder, le cas échéant, à la mise en commun des moyens. Pour éviter des actions militaires isolées et préjudiciables aux intérêts de la France, «aucune opération militaire ne pouvait être entreprise sans l'autorisation du Gouvernement général, sauf dans le cas exprès de repousser une attaque ». Pour l'aider dans cette tâche, et «dans le but d'assurer à la conduite des opérations la même unité qu'à la direction politique, il m'a paru nécessaire de donner le commandement en chef des troupes de l'Afrique Occidentale Française à un officier général ou supérieur placé sous la haute autorité du Gouverneur général».

En vue d'avoir une idée nette de la situation dans les colonies du groupe, le Gouverneur général en centralisait toute la correspondance politique et militaire, tout en recevant « un duplicata de tous les rapports politiques et militaires du Gouverneur du Dahomey» pour l'heure resté en dehors du groupe. Tout cela devait permettre de consolider et d'étendre,la domination française dans la région. A cet effet, les instructions envoyées à Chaudié par Chautemps étaient éloquentes. Tout d'abord le premier Gouverneur général de l'AOF utiliserait les hommes influents favorables à la domination française dans les sociétés africaines; les autres devaient être mis hors d'état de nuire. Ainsi, à propos du Dahomey, le Ministre Chautemps écrivait dans les instructions précitées : « Dans la partie voisine du littoral, le roi de Porto-Novo, Toffa, est depuis longtemps dévoué à nos intérêts et laisse s'exercer dans toute sa plénitude notre action politique et administrative. Dans l'intérieur, nous maintenons sous notre dépendance les rois d'Abomey et d'Allada investis par M. le général Dodds de leur autorité actuelle, et qui doivent être uniquement les instruments de notre domination. Le jour où l'attitude de ces rois deviendrait la moindre cause de troubles, il ne faudrait pas hésiter à prononcer leur déchéance ».

Avec toutes ces précautions, la création de l'AOF permit à la France de consolider et d'étendre sa domination sur la région, puisque les Etats africains indépendants avaient tous disparu dans cette partie du continent, avec les Samory Touré, Babemba, etc., et cela au profit du domaine colonial français. Mais les relations tendues entre le Gouverneur général et de Trentinian faillirent emporter l'AOF. Ce fut finalement le Soudan qui disparut en tant qu'entité, avec le décret du 17 octobre 1899. L'autorité du Gouverneur général ayant été renforcée par les décrets de 1902 et 1904, on pouvait dire que l'AOF était en train de gagner son pari.

L'exploitation économique et sociale

On sait le rôle primordial joué par les préoccupations économiques dans l'expansion européenne à travers le monde depuis l'antiquité jusqu'à l'époque contemporaine. L'Afrique, occidentale n'avait pas fait exception à cette règle. De Gambetta à Eugène Etienne en passant surtout par Jules Ferry, les colonies devaient constituer pour la métropole une source de matières premières et un débouché pour ses produits manufacturés. Aussi, la création de l'AOF devait-elle répondre à cet objectif. Pour cela, rien ne fut négligé: liquidation des résistances, utilisation de chefs africains fantoches, régime draconien de la main-d'œuvre, politique démographique et scolaire menée dans un but largement économique et impérialiste. En effet, «notre domaine colonial n'a d'autre raison d'être que de contribuer au progrès économique de la métropole ... C'est afin de permettre à nos commerçants de trouver des débouchés pour les produits fabriqués ou des matières premières pour l'industrie nationale» que la France acquérait de vastes territoires africains (ou asiatiques), écrivait déjà Le Temps en 1894, appuyant une position de Delcassé, alors Ministre des colonies.

On sait le rôle primordial joué par les préoccupations économiques dans l'expansion européenne à travers le monde depuis l'antiquité jusqu'à l'époque contemporaine. L'Afrique, occidentale n'avait pas fait exception à cette règle. De Gambetta à Eugène Etienne en passant surtout par Jules Ferry, les colonies devaient constituer pour la métropole une source de matières premières et un débouché pour ses produits manufacturés. Aussi, la création de l'AOF devait-elle répondre à cet objectif. Pour cela, rien ne fut négligé: liquidation des résistances, utilisation de chefs africains fantoches, régime draconien de la main-d'œuvre, politique démographique et scolaire menée dans un but largement économique et impérialiste. En effet, «notre domaine colonial n'a d'autre raison d'être que de contribuer au progrès économique de la métropole ... C'est afin de permettre à nos commerçants de trouver des débouchés pour les produits fabriqués ou des matières premières pour l'industrie nationale» que la France acquérait de vastes territoires africains (ou asiatiques), écrivait déjà Le Temps en 1894, appuyant une position de Delcassé, alors Ministre des colonies.
Pour y parvenir, le colonisateur utilisait des "chefs" africains acquis à la domination française, véritables courroies de transmission des ordres du maître comme l'indiquaient les "Instructions" de Chautemps d'octobre 1895 précitées. Marabouts, "almamys", religion et croyances religieuses, tout était mis à contribution pour atteindre l'objectif fixé. Quant aux chefs et personnalités hostiles à la France comme Samory Touré et autres, il fallait les liquider - ce qui fut fait-. Pour avoir un marché important et en même temps de nombreux bras valides pour la production, le colonisateur mena une politique subséquente en matière de démographie et d'éducation, l'AOF ayant une densité faible. On assista ainsi à la multiplication des dispensaires en vue de réduire le taux de mortalité infantile et la morbidité, des écoles pour "dégrossir" les Africains afin de les rendre plus productifs par une instruction rudimentaire, quelques rares élus devant faire des études poussées et servir de "porte-drapeau" à la culture européenne (Vernet 1905: 1). De fait, disaient nombre de Français, « notre commerce, notre industrie ont surtout besoin d'une nombreuse main-d 'œuvre, un peu dégrossie, à bon marché, et souple» (Deherme 1908: 122); « nous n'avons que faire des faux savants », Un accent particulier était mis sur l'éducation conséquente de la jeune fille, future épouse et future mère, de manière à réaliser, par son .biais, la "conquête morale" des hommes et des générations à venir. Bref, des "chefs" africains de l'AOF autorisés à exercer leurs fonctions "à la seule condition" que ce rot "à notre profit" (à nous, colonisateurs) aux masses populaires taillables et corvéables à merci, l'institution "aofienne" assurait la prééminence des intérêts de la puissance coloniale.

Ainsi, sur le plan commercial, après s'être plaints de la sobriété des Africains, les Européens décidèrent de "s'ingénier à transformer en consommateurs (de leurs produits) des millions d'indigènes... " en vue de l'écoulement de leurs articles (Le Breil 1904: 1). L'impôt de capitation constituait pour le colonisateur un moyen d'amener l'Africain à travailler et/ou produire pour lui afin d'avoir le numéraire nécessaire pour payer ledit impôt. Mais bien souvent l'Africain de l'AOF percevait «,un salaire insignifiant : 0,0217 francs» parfois, « sans aucune nourriture, alors que chaque prisonnier recevait 0,15 F » (Garcia 1969: 336). Du reste, dans nombre de cas, le travail était purement et simplement gratuit, s'exécutant sous forme de corvées. Pis, l'esclavage couronnait le tout, et Chautemps luimême disait timidement à Chaudié à ce propos de «ménager tous les intérêts (de façon) à servir la cause de l 'humanité sans oublier celle du commerce». Enfin, le régime de la main-d'œuvre faisait des Africains de l'AOF des hommes en cage, puisqu'ils n'avaient pas le droit d'émigrer dans les enclaves "étrangères" pour gagner des salaires intéressants. . Ainsi, les objectifs économiques de l'AOF aboutissaient à l'exploitation sous toutes ses formes, la population africaine étant pour ainsi dire devenue l'otage des colons et de l'administration coloniale. En 1895, les chiffres du commerce de la France avec l'AOF s'élevaient à 19686487,91 F de l'époque pour les exportations, et à 14877 775,64 F pour les importations, les prix étant fixés dans les deux sens par le colonisateur (Vodouhé 1974: 33-34)

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