Modibo Keita

Modibo Keita

De grande taille (1m 98), Modibo avait un physique d'athlète. Il émanait du personnage un magnétisme et une sincérité qui ne laissaient pas indifférents ses interlocuteurs, même les plus hostiles. L'homme avait du caractère. Sa combativité et sa ténacité trouvaient leurs justifications dans un idéal profond. Ainsi, c'est, parfois, avec acharnement qu'il défendait les causes auxquelles il croyait profondément. Pugnacité, persévérance, courage et sacrifices sont des mots qui caractérisaient son combat politique et syndical. Par ailleurs, le militant qu'il était, savait faire preuve, de réalisme, de pragmatisme et d'imagination créatrice pour faire triompher ses idéaux d'indépendance, de justice, de liberté et de paix. Certains lui ont reproché un style autoritaire. En réalité, Modibo Keita qui ne concevait son action que dans un cadre collectif avait, en effet, une autorité naturelle qui découlait très logiquement de sa conduite irrépréhensible et de sa force de conviction. Ce leader charismatique, écouté sur la scène internationale, a acquis, grâce à son action et à ses idées, estime, prestige et respect: Il avait le verbe haut, le nationalisme à fleur de peau, de la dignité et de la distinction dans le comportement, le non-alignement comme principe et le panafricanisme dans la tête. Fils de Daba Keita et Hatouma (Fatoumata) Camara, Modibo Keita est né le 4 juin 1915 à Bamako-coura, un quartier de Bamako. En 1962, le Mali de Modibo Keita crée le franc malien et quitte l’Union monétaire de l’Afrique de l’Ouest. Le franc malien remplace alors le franc CFA et sera la monnaie du pays, entre le 1er juillet 1962 et le 1er juillet 1984. Modibo Keita

De 1925 à 1931, il fréquente l'école primaire urbaine de Bamako.

A partir de 1931 il entre au lycée "Terrasson de Fougère" (aujourd'hui "lycée Askia Mohamed"). Trois ans plus tard il part pour l'école normale supérieure William Ponty de Dakar où il passera deux ans. Modibo Keita sortira major de cette école prestigieuse et deviendra instituteur en septembre 1938. Ses professeurs le signalèrent comme : « Instituteur d'élite, très intelligent, mais anti-français... Agitateur de haute classe à surveiller de près ». Modibo Keita n'était pas anti-français mais, il était viscéralement anticolonialiste. Profondément ulcéré par la situation de l'Afrique sous domination coloniale, Modibo Keita a mené depuis 1937 des activités dans plusieurs mouvements et associations : Animateur du groupe "Art et Théâtre", il se moque, dans des piécettes, de la bourgeoisie et des représentants de l'autorité coloniale, pour la grande joie du petit peuple. Contournant l'interdiction faite aux Africains de faire de la politique, il fondera avec Mamadou Konaté, "l'Association des lettrés du Soudan" qui deviendra par la suite le "Foyer du Soudan". Une association officiellement apolitique mais qui abordait des sujets qui l'étaient moins. Pendant la période du Front populaire en France, sur le mot d'ordre "Egalité avec les Blancs", il crée, avec le Voltaïque Ouezzin Coulibaly, le syndicat des enseignants d'A.O.F.. Dans une publication qu'il créera en 1943, "L'oeil de Kénédougou", il critique ouvertement la société féodale et le pouvoir colonial. Toujours avec son compagnon et ancien maître, Mamadou Konaté, Modibo Keita créera la fédération des syndicats des enseignants. Son nationalisme intransigeant, son activisme politique et syndical vont le conduire en prison : Considéré comme un dangereux opposant par les Français, il sera incarcéré, en 1946, à la prison de la Santé. C'est en 1947 que Modibo Keita deviendra le secrétaire général du premier bureau de l'US-RDA, section soudanaise du R.D.A. ( Rassemblement Démocratique Africain ) dont il fut l'un des fondateurs. Une année plus tard il obtient un siège à l'Assemblée territoriale.

Le 10 octobre 1953, il est élu membre de l'assemblée de l'union française. Le 26 novembre 1956 Modibo Keita est élu maire de Bamako. C'est aussi l'année où il entre à l'assemblée nationale française dont il sera le premier vice-président africain. Il participe à l'élaboration de la loi-cadre Defferre et sera, deux fois, ministre à Paris (Secrétaire d'Etat dans les gouvernements Bourgès-Maunoury et Gaillard en juin et novembre 1957). En 1958, il devient président de l'Assemblée constituante de la fédération, puis président du Conseil après les élections de mars 1959. Le 20 juillet 1960 Modibo Keita devient le chef de gouvernement de la fédération du Mali rassemblant le Soudan (actuel Mali) et le Sénégal. Le 22 septembre 1960, après l'éclatement de la fédération, Modibo Keita deviendra le premier président de la jeune république du Mali.

Fidèles à notre idéal d’union et de paix, j’insiste sur ce mot, nous sommes décidés à établir des relations amicales avec tous les Etats du monde, sans exclusive aucune, singulièrement avec ceux d’Afrique qui seront désireux de promouvoir une politique d’union et de progrès, de s’engager résolument dans la lutte pour la libération totale du continent africain et l’établissement d’une paix durable entre tous les peuples. L’idée de la Fédération, une semence virile de l’unité africaine Modibo Keita


©Modibo Keita, Sékou Touré, Mouhamed V et kwamé Nkrumah

Modibo Keita

En 1963, il est l'un des rédacteurs de la charte de l'O.U.A. (Organisation de l'Unité africaine) dont il fût l'un des principaux artisans.. C'est aussi l'année où il reçoit le prix Lénine international. Le 13 mai 1964 on assiste à la réélection de Modibo Keita à la présidence de la république Le 19 novembre 1968 Modibo Keita est renversé par un coup d'État militaire Le 16 mai 1977, il meurt en détention dans des conditions mystérieuses. Modibo Keita n'était pas seulement un homme d'État exceptionnel, il avait aussi des qualités d'homme tout court. En avril 1936, alors qu'il était élève à l'école William Ponty, il fit preuve de courage en sauvant de la noyade le futur président de la république du Dahomey (actuel Bénin) Emile-Derlin Zinsou. L'ancien chef d'État Nigérien, Monsieur Hamani Diori, qui était un camarade d'école de Modibo Keita témoigne: «Modibo était à l'école un gros travailleur, très sérieux dans ses obligations (ses devoirs étaient toujours achevés sans retard), ne remettant jamais au lendemain le travail du jour, ce qui lui permettait de disposer de temps libre pour nos distractions, notamment la musique (flûte) et l'action (en particulier le rôle de Bakary Dian qu'il préférait). Il était un camarade foncièrement honnête et franc.... En ce qui concerne sa personnalité je me dois de citer un acte de courage à son actif : à Gorée notre camarade E. Derlin Zinsou, qui se baignait, fut pris d'une défaillance et allait se noyer alors que ses camarades voyant ses grimaces croyaient à une farce de poisson d'avril. C'était le premier avril 1936. Modibo se jeta à l'eau et le sauva. Il était aussi propre dans son corps que dans son esprit et je ne puis que garder un souvenir admiratif de ce bon camarade.» M. BAUX ancien ambassadeur de France, ministre français plénipotentiaire: "De haute taille, Modibo Keita avait cette distinction des seigneurs de la savane, cette façon de mesurer ses gestes et sa parole. Il y avait de la grandeur dans son comportement : jamais je ne l'ai vu s'attarder sur quoi que ce soit d'insignifiant ou mesquin... Sa vision politique était inspirée d'un idéal profond. "

Y. Djermakoye ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, ex ministre nigérien: ... J'ai découvert Modibo , orateur né, qui parlait sans complaisance... Son verbe était de la dynamite, ses idées clairement exprimées fusaient comme propulsées par une inlassable énergie... ses thèmes de combat restaient les mêmes. Intransigeant avec lui-même, il l'était particulièrement avec ses adversaires politiques... Mais sa préoccupation essentielle était de faire la lumière sur les violations des libertés individuelles et collectives.... Modibo Keita s'inscrit parmi les géants de l'histoire de l'indépendance africaine. L'Afrique reconnaissante ne l'oubliera jamais. Elle continuera toujours à raconter ses hauts faits et le sacrifice qu'il a consenti pour qu'elle aspire à de meilleures destinées G. Julis syndicaliste français. Il a passé cinq ans au Mali dans les années 60 : " Il (Modibo Keita) avait le souci de l'homme, de l'homme responsable, du militant engagé... Je considère que le président Modibo Keita , homme intègre, dévoué, tolérant, militant valeureux et désintéressé représente toujours l'exemple des possibilités de lutte, de combat pour des changements réels dans des pays comme le Mali " M. Mamadou Dia, ancien président du conseil de gouvernement du Sénégal : Modibo Keita fut incontestablement un de nos pharaons modernes, qui aura consacré toute son intelligence et toute son énergie a la grande oeuvre de reconstruction de l'unité africaine .... Bien sûr, l'homme n'était pas parfait ; mais notre monde politique, notre monde tout court a-t-il vocation d'être la demeure des Anges ? Ses adversaires ont notamment critiqué son style autoritaire, qu'il tiendrait de ses racines aristocratiques, féodales, et de l'influence qu'exerçaient sur lui certains éléments purs et durs de son entourage. Quoi qu'il en soit, ces critiques ne sauraient ternir l'éclat de cette personnalité flamboyante qui aura marqué d'une empreinte indélébile l'Afrique de la première décennie de la décolonisation. Elles ne sauraient non plus masquer sa silhouette imposante qui réapparaît aujourd'hui au firmament de l'histoire, éblouissante de lumière" M. Alpha Oumar Konaré président de la Commission de l'Union africaine ( U.A.), ancien chef d'État malien: “ Nous savons gré à Modibo KEITA pour sa rigueur morale, pour son intégrité, pour son amour ardent du travail, du travail bien fait, pour son sens élevé du devoir. Personne ne doit oublier sa contribution exceptionnelle à l'ouvre d'édification d'une économie nationale indépendante, sa passion du Mali et de l'Afrique, son combat inlassable pour l'unité africaine, son engagement constant auprès des peuples du Tiers Monde à travers le Mouvement des non-alignés, sa lutte pour la paix dans le monde. Il a été de tous les combats justes, de tous les combats des opprimés.”

M.Daba Keita ancien ministre de Modibo: “Le président Modibo Keita reste dans ma mémoire comme un chef de gouvernement scrupuleusement respectueux de la dignité de ses ministres, exigeant d'eux l'affirmation d'un haut degré de personnalité... Il recevait en tête à tête, sans témoin le citoyen malien qui demandait audience, et presque toujours, il l'apaisait grâce à la force de conviction que lui conférait sa grande et profonde sincérité... Il a toujours tendu la main pour relever le compagnon de route qui tombe.” Le journal "Jeune Afrique" sous le titre un "Africain du siècle" : « En boubou ou en costume européen, Modibo keita avait une élégance et un raffinement rares. ... Le géant malien sut d'autant mieux répondre à l'aspiration d'une majorité de la jeunesse africaine que ses rêves fédérateurs s'opposaient radicalement au projet néocolonial de réabsorption des jeunes États naissants.» Robert Hue ex secrétaire général du P.C.F : « Evoquer ce combat contre le colonialisme ... conduit d'emblée à évoquer des hommes qui ont joué dans cette histoire un grand rôle. Parmi eux, bien sûr, ces militants africains qui devinrent des figures marquantes de ce que l'on appelait le " tiers monde " aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Je pense évidemment, et tout particulièrement, à Modibo Keita, à bien des égards symbole de dignité, de lucidité et de courage. Sa vision progressiste et son attachement viscéral à l'indépendance, à la justice sociale, et à l'unité africaine restent pour beaucoup un repère, et prennent dans la situation d'aujourd'hui une singulière résonance.»

Le journal "Le Monde" , dans un article publié le 19/05/1977: « Modibo Keita, ce nationaliste combatif et tenace entré fort jeune dans l'arène politique, fut ... un homme respecté par ses compatriotes et écouté sur la scène internationale. Sa distinction, son autorité naturelle et souriante, avaient plu au général de Gaulle. ... Il peut être considéré comme l'un des grands dirigeants de l'Afrique noire "révolutionnaire" telle quelle existait au lendemain des années 60. » On peut se demander pourquoi ce 19 novembre 1968, Modibo Keita s'est rendu à la junte militaire sans riposter. La combativité et la ténacité de ce militant courageux et intransigeant étaient connues. Et puis, matériellement, bien que les putschistes contrôlaient Bamako, un retournement de situation était bel et bien possible : Le président pouvait compter sur la grande base militaire toute proche de Ségou. Les forces aériennes stationnées au nord du pays pouvaient, elles aussi, assurer une riposte efficace. Modibo pouvait également en appeler au peuple malien car en dépit de la désaffection à l'égard du régime provoquée par les difficultés économiques, une bonne partie de la population (particulièrement, les jeunes) aimait son leader. Même les officiers subalternes, auteurs du coup d'État ne semblaient pas lui en vouloir personnellement, Ils ne réclamaient pas dans un premier temps la démission du président mais l'abandon de l'option socialiste. Ce que Modibo refusera : " Le socialisme n'est pas mon choix personnel... C'est au peuple de décider de son option" répondra t-il.

Modibo Keita était un homme désintéressé détaché des choses matérielles. Il ne faisait pas partie de ceux qui veulent se maintenir au pouvoir par tous les moyens. Une riposte au coup d'État du 19 Novembre aurait certainement entraîné une effusion de sang malien. Le président ne l'a pas voulu. Au lendemain du coup d'État du 19 novembre, Modibo Keita est envoyé au camp de kidal à près de 1 500 kilomètres de la capitale, dans le nord-est du pays. Dans une zone saharienne au climat particulièrement rude (+ 50 °C le jour, et - 5 °C la nuit). La junte militaire va alors soumettre le président à un isolement presque total (quatre courriers par an) et va surtout s'employer à le faire oublier. Toute allusion publique aux aspects positifs de son régime était interdite. Mais, le 8 Mai 1977 les Maliens bravant l'autorité militaire défilent à Bamako en scandant "Vive Modibo". Même en prison Modibo Keita était donc toujours dangereux. Une semaine plus tard, le père de la nation malienne devait mourir en détention dans des conditions obscures. Ce 16 Mai 1977, ses geôliers lui apportèrent la bouillie de mil qu'il avait réclamée à sa nièce. Dès la première gorgée du plat Modibo est pris de malaise. Il devait mourir quelques instants plus tard après avoir reçu de force une piqûre administrée par le médecin Faran Samaké. La gorge enflammée du président tendrait à accréditer la thèse très probable de l'empoisonnement. Le médecin auteur de la piqûre avant sa mort ne pourra plus témoigner : il se suicidera en 1978 emportant son secret dans sa tombe. Le peuple malien apprendra la mort du leader charismatique par un communiqué laconique du pouvoir militaire : " Modibo Keita, ancien instituteur à la retraite est décédé des suites d'un ½dème aigu des poumons ". Ce communiqué qui fournit une version, cliniquement inacceptable, des causes de la mort du président, est une dernière et vaine tentative d'humilier le père de l'indépendance malienne. En colère, une foule de jeunes et de femmes organise spontanément les funérailles du président légitime.

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