Un livre de Nelson Mandela
Extraits du livre

Les femmes étaient courageuses,opiniâtres,enthousiastes,infatigables et leur façon de manifester fut un modèle jamais égalé de manifestation antigouvernementale.Comme l'a dit le chef Luthuli:"Quand les femmes commenceront à prendre une part active à la lutte comme elles le font actuellement,aucun pouvoir sur terre ne pourra nous empêcher d'atteindre la liberté pendant notre vie".


Etre africain en Afrique du Sud signifie qu'on est politisé à l'instant de sa naissance, qu'on le sache ou non.
Un enfant africain naît dans un hôpital réservé aux africains, il rentre chez lui dans un bus réservé aux africains, il vit dans un quartier réservé aux africains, et il va dans une école réservée aux africains, si toutefois il va à l'école.
Quand il grandit, il ne peut occuper qu'un emploi réservé aux africains, louer une maison dans un township réservé aux africains, voyager dans des trains réservés aux africains et on peut l'arrêter à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit pour lui donner l'ordre de présenter un "pass", et s'il ne peut pas, on le jette en prison.
Sa vie est circonscrite par les lois et les règlements racistes qui mutilent son développement, affaiblissent ses possibilités et étouffent sa vie.


Même aux pires moments de la prison, quand mes camarades et moi étions à bout, j'ai toujours aperçu une lueur d'humanité chez un des gardiens, pendant une seconde peut être, mais cela suffisait à me rassurer et à me permettre de continuer.
La bonté de l'homme est une flamme qu'on peut cacher mais qu'on ne peut jamais éteindre.


La seule rivalité entre différents clans ou tribus dans notre petit univers de Qunu était celle qui existait entre les Xhosas et les amaMfengu, dont un petit nombre vivait dans notre village. Les amaMfengu arrivèrent dans l'Eastern Cape après avoir fui les armées zouloues de Chaka, à une période connue sous le nom d'iMfecane, la grande vague de batailles et de migrations, entre 1820 et 1840, déclenchée par l'essor de Chaka et de l'Etat zoulou, au cours duquel les guerriers zoulous cherchèrent à conquérir et à unifier toutes les tribus sous un gouvernement militaire. Les amaMfengu, qui à l'origine ne parlaient pas le xhosa, étaient des réfugiés de l'iMfecane et ils durent faire le travail qu'aucun autre Africain ne voulait faire.


J'ai rencontré quelques Blancs quand j'étais enfant à Qunu. Le magistrat local, bien sûr, était blanc, comme le commerçant le plus proche. Parfois des voyageurs ou des policiers blancs passaient dans la région. Ces Blancs m'apparaissaient grands comme des dieux et je savais qu'on devait les traiter avec un mélange de peur et de respect.


Comme tous les enfants xhosas, j'ai acquis des connaissances surtout par l'observation. Nous étions censés apprendre par l'imitation et l'émulation, pas en posant des questions. Les premières fois où je suis allé chez les Blancs, j'ai été stupéfait par le nombre et la nature des questions que les enfants posaient à leurs parents – et par l'empressement des parents à leur répondre. Chez moi, les questions étaient considérées comme quelque chose d'ennuyeux ; les adultes donnaient simplement l'information qu'ils pensaient nécessaire

A Qunu, ma mère régnait sur trois huttes qui, autant que je m'en souvienne, étaient toujours pleines des bébés et des enfants de ma famille. En fait, je ne me souviens pas d'avoir été seul pendant mon enfance. Dans la culture africaine, les fils et les filles des tantes ou des oncles sont considérés comme des frères et des sœurs et non comme des cousins. Nous n'établissons pas les mêmes distinctions que les Blancs à l'intérieur de la famille. Nous n'avons pas de demi-frères ni de demi-sœurs. La sœur de ma mère est ma mère ; le fils de mon oncle est mon frère ; l'enfant de mon frère est mon fils ou ma fille

A l'époque, j'ignorais ces événements, mais ils n'ont pas été sans effet sur moi. Mon père, qui était un aristocrate riche d'après les critères de son époque, perdit à la fois sa fortune et son titre. Il fut dépossédé de la plus grande partie de son troupeau et de sa terre, et du revenu qu'il en tirait. A cause de nos difficultés, ma mère alla s'installer à Qunu, un village un peu plus important au nord de Mvezo, où elle pouvait bénéficier du soutien d'amis et de parents. A Qunu, nous ne menions plus si grand train, mais c'est dans ce village, près d'Umtata, que j'ai passé les années les plus heureuses de mon enfance et mes premiers souvenirs datent de là


Quand mon père reçut la convocation, il envoya la réponse suivante : « Andizi, ndisaqula » (Je n'irai pas, je suis prêt à me battre). A cette époque-là, on ne défiait pas les magistrats. Une telle conduite était considérée comme le sommet de l'insolence – et dans son cas, ça l'était


Au cours de ces voyages, mon père engendra treize enfants, quatre garçons et neuf filles. Je suis l'aîné de la Maison de la Main Droite et le plus jeune des quatre fils de mon père. J'ai trois sœurs, Baliwe, qui est la fille la plus âgée, Notancu et Makhutswana. Bien que l'aîné fût Mlahwa, l'héritier de mon père comme chef a été Daligqili, le fils de la Grande Maison, qui est mort au début des années 30. A part moi, tous ses fils sont maintenant décédés et tous m'étaient supérieurs, non seulement en âge mais aussi en statut.


On consulta mon père, qui recommanda Jongintaba parce qu'il était le plus instruit. Il expliqua que Jongintaba ne serait pas seulement un gardien parfait de la couronne mais aussi un excellent guide pour le jeune prince. Mon père et quelques chefs influents avaient pour l'éducation le grand respect des gens sans instruction.


Mon père était un homme grand, à la peau sombre, avec un port droit et imposant dont j'aime à penser que j'ai hérité. Il avait une mèche de cheveux blancs juste au-dessus du front, et quand jetais enfant je prenais de la cendre blanche et j'en frottais mes cheveux pour l'imiter. Mon père était sévère et il n'hésitait pas à châtier ses enfants. Il pouvait se montrer d'un entêtement excessif, un autre trait de caractère qui malheureusement est peut-être passé du père au fils


Pendant des décennies, des histoires ont affirmé que j'appartenais à la lignée de succession au trône des Thembus, mais la simple généalogie que je viens d'exposer à grands traits montre que ce n'est qu'un mythe. Bien que membre de la maison royale, je ne faisais pas partie des rares privilégiés formés pour gouverner. A la place, en tant que descendant de l'Ixhiba, j'ai été préparé, comme mon père avant moi, à conseiller les dirigeants de la tribu