La Cuvette congolaise. Les hommes et les structures. Contribution à l'histoire traditionnelle de l'Afrique centrale

Cet ouvrage, sorti en 1976, est le fruit d'un travail minutieux de recherche scientifique qui, à ce jour, ne souffre aucune contestation de la part de tous ceux et et toutes celles qui ont pu écrire sur cette partie cu Congo, ou sur le Congo simplement. D'ailleurs, combien sont-ils à écrire sur notre pays, sur ses hommes, leurs coutumes, leurs habitudes? C'est rare, plutôt rares, comme ouvrages, cette catégorie de livres. Des livres qui parlent des Hommes dans les moindres détails, sans aucun cliché ni stéréotypes comme on nous a tant habitués. Il n'a rien à voir avec les ouvrages de la plupart des ethnologues occidentaux nous ont jeté à la figure des siècles durant, où nous, peuples autochtones étions présentés comme des êtres frustres, incapables de penser, dénués de la moindre imagination, accrochés à leurs arbres et à leurs bêtes, suivant bêtement le cycle des saisons.
La 4ème de couverture dit Cet ouvrage s'inscrit dans l'entreprise d'appropriation du discours scientifique par les Africains eux-mêmes. Naguère en effet, l'Afrique n'était vue et pensée que par les autres; d'une telle exclusivité (...) le savoir africain ne pouvait que pâtir . (...) Comment ne pas être d'accord avec une telle assertion? Un peuple qui laisse autrui parler de lui à longueurs de livres, d'articles, de colloques, de symposium, à travers le monde (et pire encore, parfois chez nous-mêmes), court inévitablement vers sa perte! Si le gouvernement du Congo-Mfoa estime que l'érection du Mausolée de Brazza est un symbole d'appropriation de notre histoire (sic transit gloria mundi!), nous sommes un certain nombre à penser totalement le contraire. Le chantier est vaste, dans le domaine de cette réappropriation aussi, des auteurs comme Obenga, Eboussi Boulanga, Ela, Dika Akwa Nya Bonambela, Doumbi Fakoly, Kapet de Bana etc sont à lire et à relire sans cesse pour mieux comprendre d'où nous venons, pour mieux maîtriser notre présent et très bien appréhender notre futur, afin de ne plus être spectateurs de notre vie, comme cela a été un moment le cas avec l'intrusion occidentale.
Le titre exact de cet ouvrage est La Cuvette congolaise: Les Hommes et les structures. Contribution à l'histoire traditionnelle de l'Afrique centrale. L'ouvrage commence (Chapitre I) par la localisation des populations mbochi. C'est un aspect essentiel à mes yeux car nombre de Congolais connaissent tellement mal leur pays que lors des diverses causeries que l'on peut avoir, on entend des énormités terribles qui me font souvent penser à cette pensée de Victor Hugo (extrait de Océan prose): Il y a deux manières d'ignorer les choses: la première, c'est de l'ignorer; la deuxième c'est de les ignorer et de croire qu'on les sait. La seconde est pire que la première.

Après l'épithalame du Pr. Obenga au sujet du président DSN il y a quelques mois, des tribalistes congolais, qui depuis longtemps guettaient le faux-pas d'Obenga – sans avoir lu un seul de ses livres – se sont permis de dire ce dernier faisait l'éloge de DSN parce que c'était son parent biologique! Rien que ça!
Plus stupide que ça, difficile de trouver. En lisant attentivement ce chapitre I, ces gens comprendront un peu mieux les différences de localisation, du parler et des habitudes entre les diverses populations mbochis. De même que dans ses ouvrages Le Zaïre, Civilisations traditionnelles et Culture moderne (Présence Africaine, 1977) et Les Bantu, Peuples-Langues-Civilisations (Présence Africaine, 1985), les caractéristiques communes sont précisées et les les nuances et différences aussi. Si au sein d'une même fratrie, des différences sont trouvées, à plus forte raison au sein d'une tribu, d'une région... Pour nombre de Congolais, au-delà du pont de Mikalou, « tout le monde c'est la même chose » et réciproquement, après Makélékélé, certains Congolais pensent la même chose de leurs compatriotes.
Les résistances à la pénétration coloniale sont très peu, sinon quasiment pas enseignées dans nos écoles. a peine nous cite-t-on, et de manière assez furtive (comme si nous devrions en avoir honte), les noms de Mabiala Manganga et de André Matsoua, dit André Grenard Matsoua. Quid de Obambé Mboundze, résistant du village Bele, tué dans son village en 1911, par l'expédition conduite par le capitaine Lados? Qui des résistants Ekakha (Owando), Otsakha (village Elinginawe), Mwene Mbadaga (village Lango)? Dans ce livre, ces noms, on les trouve, on les (re)découvre et vraiment, on apprend un autre pan de notre histoire, ce qui n'a rien à voir avec les Bafuru*, que nos enseignants nous ont stupidement enseignés à l'école!
Pour arriver à ce résultat, les recherches ont duré 3 ans, en compagnie d'étudiants, de chercheurs, des villageois et paysans interrogés régulièrement sur leurs modes de vie, leurs organisations économiques, leurs jours de marchés, les instruments utilisés pour la pêche, la chasse, l'agriculture, leur généalogie etc. Bien entendu, ce n'est pas un travail complet (aucun ne l'est d'ailleurs). Depuis 33 ans, beaucoup de choses ont changé dans la région de la Cuvette. D'aiilleurs, on ne dit pplus région, mais « département » et ce territoire a été scindé en 2: la Cuvette Ouest d'un côté (chef-lieu Ewo) et la Cuvette tout court ou centrale (Owando en étant toujours la capitale). Ce livre peut servir de mtière pour écrire autrement ces hommes et leurs biotopes, avec des données des années 2000. C ‘est aussi cela, la science, et non pas des discussions de bistrots autour de 8*6, de Heineken et autres litrons de rouge où le Nord du Congo se réduirait à la personne de DSN; où les Mbochis = parents de DSN...
Lisez et faites lire La Cuvette Congolaise, on ne s'en sort que moins ignorant.