Phrase de Jomo Kenyatta

Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible


Biographie de Jomo Kenyatta

Jomo Kenyatta, né sous le nom de Kamau wa Ngengi, est le personnage politique le plus important de l'histoire du Kenya contemporain. D'abord chef du parti politique Kenya African National Union (KANU), puis 1er président kenyan, il est perçu comme un artisan de l'indépendance.
Au début... Jomo Kenyatta est né à Gatundu, au sein de la tribu des Kikuyu, le groupe ethnique le plus important du Kenya. L'année de sa naissance reste inconnue, mais on sait qu'il est né dans les années 1890. Il reçoit son éducation à Thogoto (à l'extérieur de Nairobi) auprès de missionnaires presbytériens et obtient une formation d'apprenti charpentier, de 1909 à 1912. En 1914, Kamau wa Ngengi se convertit au christianisme et devient John Peter Kamau, qu'il changera pour Johnston Kamau. Plus tard, il adoptera le nom de Kenyatta, surnom qu'on lui avait donné à cause d'une ceinture qu'il portait. En 1915, il commence à travailler dans une ferme à Thogoto. Afin d'échapper au recrutement forcé des hommes Kikuyu, Kenyatta part pour Narok, en 1917, où il travaille pour un entrepreneur asiatique. Un an plus tard, il retourne à Nairobi, capitale du Kenya. Il travaille d'abord comme employé dans un magasin, puis il occupe un poste à la municipalité.

L'entrée dans la vie politique
A partir de 1924, Kenyatta devient membre du KCU (Kikuyu Central Association), un parti politique dirigé par James Beuttah et Joseph Kangethe. Il commence ainsi sa carrière politique. En 1925, il est secrétaire du parti. A partir de 1928, il devient l'éditeur du journal du KCU, le Mwigwithania qui signifie «le réconciliateur» en Kikuyu. Il est important de noter que le journal était imprimé par une entreprise asiatique.
Devant les qualités d'orateur et d'écrivain de Kenyatta, le KCU décide de l'envoyer en Grande Bretagne afin de plaider la cause de son peuple. A son arrivée, il écrit et fait publier dans les journaux anglais l'article Give back our land afin de plaider la cause des africains privés de terre. Avant de rentrer au Kenya, en 1930, il écrit également des articles sur les troubles que connaît son pays.
Le KCU décide de renvoyer Kenyatta en Grande Bretagne, en 1931, afin qu'il plaide de nouveau leur cause auprès du bureau colonial. Il rencontre malheureusement peu de succès. Il décide néanmoins de rester en Europe où il reprend ses études. Il y restera pendant près de 15 ans.
Durant cette période, Kenyatta voyage à travers l'Europe et écrit de nombreux articles ainsi que l'ouvrage Facing Mount Kenya en 1938. Dans son livre, il critique l'intrusion des colonisateurs et les changements qu'ils ont apportés au sein de la société kenyane. Avec l'aide d'autres leaders africains, il organise le cinquième congrès pan-africain qui se déroule à Manchester, en 1955, et qui réunit des leaders et des intellectuels noirs du monde entier. Les slogans de cette manifestation sont Freedom now et Africa for Africans.
En 1946, il retourne au Kenya et devient chef du KANU, un an plus tard. Il débute une campagne qui durera de 1948 à 1951, afin de sensibiliser les Kenyans au besoin d'obtenir des terres et d'acquérir leur indépendance.

La révolte Mau Mau
En 1952, la révolte Mau Mau prend de l'ampleur. Ce mouvement organisé par des extrémistes kikuyu voit le jour, en 1946. Ses membres revendiquaient la restitution de leurs terres et de leurs droits, par la violence. Leurs attaques visaient les colons ainsi que leurs collaborateurs. De nombreux Kenyans, toutes tribus confondues, rejoignent le mouvement. On peut en partie expliquer l'engouement de la population pour ce mouvement par le fait que les Britanniques avaient fait de nombreuses promesses aux Kenyans mais qu'aucune n'avait été respectée.

En 1952, 30 000 kenyans font partie du mouvement. L'état d'urgence est alors déclaré. L'armée britannique réussit à enterrer la révolte. Elle procède à l'arrestation de nombreux leaders dont Kenyatta qui n'avait jamais été un radical. Il est jugé et condamné à sept années de prison, à Lokitaung, ainsi qu'à être confiné à vie dans la ville de Lodwar.
En 1960, Ambu Patel, un proche de Mahatma Gandhi, créé le Release Jomo Committee. Des manifestations sont organisées et une pétition rassemblant plus d'un million de signatures est présentée au gouverneur. Kenyatta est élu président du KANU, alors qu'il est absent. Un an plus tard, il est finalement libéré.

L'indépendance du Kenya et la présidence
Il retourne ensuite en Grande-Bretagne afin de représenter le KANU, lors des deux conférences de Lancaster House à Londres. Ces conférences ont pour but de discuter du futur du Kenya, en tant que pays indépendant. Kenyatta participera d'ailleurs à l'élaboration de la constitution kenyane.
En mai 1963, le KANU gagne les élections et Kenyatta devient Premier Ministre en juin. Deux mois plus tard, il prononce un discours dans lequel il annonce aux colons qu'ils peuvent rester au Kenya en toute sécurité et demande aux Kenyans de «pardonner mais de ne pas oublier». Ce discours est une surprise pour les colons qui s'attendaient à des représailles de la part de Kenyatta.
Le 12 décembre 1963, le Kenya devient un état indépendant et Kenyatta est élu président un an plus tard. Kenyatta écrit sa biographie Suffering without bitterness et la publie en 1968. Il souhaite une collaboration entre les différents peuples kenyans. Il adopte une politique capitaliste, ouvre le Kenya aux investissements étrangers. Or, les radicaux du parti préfèreraient voir le parti adopter une politique socialiste. Le KPU (Kenya People's Union) est alors créé, en 1966, par Oginga Odinga, qui appartient à la tribu des Luo. A la suite de l'assassinat d'un collaborateur Luo de Kenyatta, Tom Mboya, de vives tensions émergent entre les Luo et les Kikuyu. Kenyatta bannit le KPU et le KANU devient un parti unique en 1969. Le pluralisme politique ne sera de nouveau autorisé qu'en 1991.
Malgré cela, sous la présidence de Kenyatta, le Kenya a connu une forte croissance économique. Kenyatta meurt en 1978, laissant Daniel Arap Moi prendre sa succession jusqu'en 2002.
Pourquoi Kenyatta est-il un leader charismatique? Ce qui rend Kenyatta intéressant, c'est l'histoire de cet homme considéré comme le leader historique du Kenya. On peut facilement expliquer pourquoi Kenyatta, souvent surnommé Mzee (qui signifie «vieille homme» en Swahili), était autant apprécié. Tout d'abord Kenyatta a réussi à amener le Kenya à obtenir son indépendance. Il a été le représentant de tous les Kenyans et a su sensibiliser les populations du monde entier à sa cause, en partie grâce à son ouvrage Facing Mount Kenya.
Mais Kenyatta n'a pas seulement lutté pour l'indépendance du Kenya, il a également essayé d'en faire une nation unie, malgré la multiplicité des tribus et des races. Il a su pardonner et amener son peuple à faire de même à l'égard des colonisateurs qui leur avaient fait subir de profondes injustices.
De plus, il a su travailler avec des personnes de tout milieu. Qu'il s'agisse d'Anglais, d'Asiatiques, d'Indiens ou de Russes, Kenyatta a fait preuve d'une grande ouverture d'esprit et a compris très tôt que la collaboration avec d'autres peuples serait bénéfique à son pays. La politique d'ouverture du Kenya menée par Kenyatta en est une illustration. Ses séjours en Europe ainsi qu'à Narok auprès de la communauté Maasai expliquent sûrement l'ouverture d'esprit du personnage.
Enfin, malgré l'instauration d'un parti unique à partir de 1969, on ne peut considérer Kenyatta comme un dictateur. Il a réussi à développer l'économie de son pays et bien que certains Kikuyu se soient enrichis du fait de l'instauration du parti unique et du retrait progressif de Kenyatta de la vie politique, il a réalisé en peu de temps ce que seul un homme motivé par l'amour pour son pays peut réussir.