Un livre de Dr Cheikh Anta Diop
Extraits et passages du livre

Les textes réunis dans cet ouvrage d'un peu plus de 147 pages sont issus de conférences, d'études, de colloques etc. Dans cet ouvrage, on a une sorte de condensé des idées que le savant Diop a essaimé le long de son parcours : énergie ; économie ; linguistique ; Etat fédéral panafricain ; coopération entre Antillais et Africains. A ce propos, il est poignant de lire ce bref extrait (page 104) :

RAPPORTS DE L'AFRIQUE AVEC LES ANTILLES.
Le jour où les Africains et les Antillais se débarrasseront de leur aliénation réciproque pour se fraterniser sincèrement, le tour sera joué. On ne voit pas pourquoi, dans ce cas, les Antilles, au lieu de regarder vers l'Amérique ou l'Europe, ne formeraient pas une Fédération sur le type de l'Indonésie pour entretenir des relations culturelles, économiques et fraternelles avec l'Afrique noire devenue un Etat multinational. Cette question mériterait un développement qu'il n'est pas possible d'aborder ici. (...) Je souhaite que tous les camarades de ma génération repensent le contenu de ces quelques pages. (Alertes sous les tropiques, parue dans la revue Présence Africaine, numéro 5, nouvelle série, Paris, décembre 1955 - janvier 1956, pp. 8-33)
Dans les textes de l'Union africaine, Ayiti est considérée comme la sixième région du continent. On voit bien que Dr Cheikh Anta Diop de son côté voit plus loin encore car, dans la droite ligne de ses devanciers (les Panafricains d'Outre-mer) prônent l'union des peuples d'extraction africaine. Si politiquement, cela tient plus de l'utopie aujourd'hui (on est loin par exemple d'un statut d'indépendance des Antilles aussi bien francophones qu'anglophones), il faut reconnaître que par exemple, lors de la Conférence de Durban en Afrique du Sud (2 au 9/2011), les Nègres présents, dans l'ensemble, avaient affiché une solidarité extraordinaire en ce qui concerne par exemple les réparations liées à l'esclavage et aux traites négrières. Ce n'est qu'un pas, me dit-on souvent, mais cela se fera.

A L'HEURE OU L'ON VOIT les USA s'immiscer sans la moindre gêne dans les affaires tunisienne et égyptienne, impossible de ne pas vous partager cet extrait (page 97) intitulé : Immixtion américaine en Afrique noire. La troisième force, peut-être la plus dangereuse, en tous les cas la plus vigoureuse, qui cherche à digérer l'Afrique est l'impérialisme américain. (...) Il se profile derrière tous les impérialismes occidentaux par l'intermédiaire des Banques et des Sociétés commerciales d'un bout à l'autre de l'Afrique. (...) Elle a perdu sans retour les marchés de l'Asie ; (...) L'Amérique n'a donc plus le choix ; il lui faut avant 20 ans, comme l'indique le rapport PHERSON, c'est-à-dire, au cours de notre génération, s'implanter en Afrique. (...)

NOUS AVONS DIVERSES POSSIBILITES pour avoir de l'énergie en Afrique et même d'en vendre si l'on veut. Dr Cheikh Anta Diop qui a fait de la chimie et de la physique durant ses études avait jeté des pistes à l'époque : qui l'a suivi ? Extrait (page 86) :

ENERGIE ATOMIQUE.
La fission contrôlée de l'uranium et du thorium est à la base énergie atomique. On obtient ce qu'on appelle une réaction en chaîne qui dégage beaucoup de chaleur. On a réussi à utiliser cette chaleur pour produire de l'électricité à l'échelle industrielle : le Kwh atomique sera aussi bon marché que le Kwh obtenu par les procédés classiques, a-t-on trouvé.
Certains calculs même donnent des résultats plus optimistes : un gramme d'uranium fournit 30.000 fois plus de chaleur qu'un gramme de charbon, mais 20.000 fois plus d'électricité seulement. Comme il coûte 4000 fois plus cher, le Kwh atomique serait cinq fois moins cher.
L'actualité de l'énergie atomique dispense d'insister sur les avantages qu'elle procure. On peut dire qu'elle entrera dans l'équipement industriel de toutes les nations modernes d'ici 15 ans. Si rien n'est changé sur le plan des relations politiques c'est d'Afrique noire que leur viendra la plus grande partie du minerai indispensable pour le fonctionnement des usines. Impossible de fermer cette partie sans rappeler que si sur le continent nous avions notre arme atomique, il n'y a aucun, je dis bien aucun autre pays d'Occident qui viendrait foutre le merdier chez nous. Mais comme nous ne voulons ni nous unir, ni nous armer...

LA QUESTION DE LA littérature, abordée dans cet ouvrage a requis mon attention car Dr Cheikh Anta Diop y mène une vraie charge avec comme sous-titre Les écrivains africains (page 31) : Sans sous-estimer le moins du monde la valeur de ces écrivains africains de langue étrangère, a-t-on le droit de considérer leurs écrits comme la base d'une culture africaine ? (...) Un examen - même superficiel - nous pousse à répondre par la négative. En effet, nous estimons que toute &œlig;uvre littéraire appartient nécessairement à la langue dans laquelle elle est écrite : les &œlig;uvres ainsi écrites par des Africains relèvent, avant tout, de ces littératures étrangères et l'on ne saurait les considérer comme les monuments d'une littérature africaine. (...) Il ressort de tout ceci qu'une telle littérature ne peut avoir qu'un intérêt dérisoire pour l'Africain parce qu'elle n'a pas été conçue essentiellement pour lui. C'est une hypocrisie que de venir ensuite présenter ces &œlig;uvres aux Africains comme leur étant destinées. En faisant le bilan de la littérature africaine d'expression étrangère, on peut dire que, dans l'ensemble, il y a plus de secret désir de pédantisme que d'intention de dire autre chose. Puisque cela tient au prestige des langues européennes il est absolument indispensable qu'il soit détruit dans le plus grand intérêt de l'Afrique. (...) (Article paru dans la revue Le Musée Vivant, numéro spécial 36-37, novembre 1948, Paris, pp. 57-65)