afrique noire precoloniale

Un livre de Dr Cheikh Anta Diop Extraits et passages du livre

L'Afrique noire pré-coloniale fait partie d'une série d'ouvrages du professeur Diop qui s'inscrivent dans la lignée du trés polémique Nations négres et cultures (1954) où Dr Cheikh Anta Diop jette les bases d'une recherche scientifique avec un regard afrocentriste et affirme l'antériorité des civilisations négres dans l'Égypte ancienne allant ainsi à l'encontre des courants africanistes et eurocentristes dominant le débat sur l'égyptologie.
Dans l'Afrique noire pré-coloniale, Dr Cheikh Anta Diop propose une étude comparée des systémes politiques et sociaux de l'Europe et de l'Afrique noire de l'Antiquité à la formation des Etats modernes. La démarche est extrêmement ambitieuse quand on tient compte du contexte dans lequel l'auteur produit ses travaux :
la fin des années 50 où le processus de décolonisation est amorcée dans de nombreux pays d'Afrique noire francophone, où le mouvement de la négritude initiée par les poétes Césaire, Senghor et Gontran Damas atteint sa plénitude, période où l'idée d'une Afrique pré-coloniale noire avec une organisation structurée est à peine perceptible dans l'opinion française et sombre dans l'oubli pour la jeunesse africaine.
L'ouvrage m'a tout d'abord surpris par son accessibilité. La ligne de pensée de l'auteur est clairement exposée et son propos limpide. Certains arguments sont discutables sur quelques points de son propos. Mais les travaux de l'intellectuel sénégalais ont pour vocation de fournir des pistes à approfondir et par conséquent son analyse sur de nombreux points n'est pas définitive.
Mais de quoi parle-t-on ? Tout d'abord, même si en intégrant l'idée fondamentale de Dr Cheikh Anta Diop que les peuples d'Afrique noire sont issus de migrations successives venant de l'Égypte ancienne - s'appuyant sur des éléments comparatifs entre de nombreuses langues africaines et la langue égyptienne

- on peut comprendre que ce qui s'applique dans son esprit à l'Afrique soudanaise vaut également pour les autres aires culturelles d'Afrique noire. Pourtant le cadre de son exposé concerne principalement les grands empires du Ghana, du Mali, et surtout le dernier d'entre eux, celui du Songhaï. De nombreuses références aux structures pré-coloniales du Sénégal sont soulignés.
Dr Cheikh Anta Diop s'appuie sur les récits de voyage de grands historiens et géographes arabes Ibn Khaldoun et Ibn Battûta ainsi que sur des auteurs locaux comme l'érudit de Tombouctou, Abderahmane es-Saadi, auteur du Tarikh es-Soudan ou encore du savant Mahmoud Kati. Des références à des auteurs occidentaux sont également mentionnées mais surtout procéder à son analyse comparative avec l'Europe antique et médiévale.
Le travail de sociologie historique du savant sénégalais est remarquable et ses observations minutieuses expliquent certains immobilismes de la société traditionnelle africaine qui, de son point de vue, seraient structurels . Le cas de la notion d'esclave est trés intéressant. Chez les songhaï par exemple, le chef d'état-major des armées et de nombreux officiers étaient descendants d'esclaves et avaient ce statut dans cette société. Approche trés différente de ce qui s'est passé en Amérique du nord à titre de comparaison. En analysant le systéme de castes au Sénégal et en le comparant à celui des cités grecques antiques, au systéme hindou, à celui de l'Égypte ancienne, C.A. Diop montre la raison de la force et la persistance de cette structure au Sénégal actuel.
Cet ouvrage est donc extrêmement instructif par sa maniére de faire revivre ces grands empires, leurs grands centres urbains, leurs organisations militaire, économique, sociale, leur technologie, l'intelligentsia de Tombouctou avec l'idée trés forte que l'Afrique ne saurait se réduire à une vision clanique, tribale uniquement. On a parfois l'impression d'ailleurs que le savant cherche à retrouver des formes d'Europe à tout prix lorsque par exemple il s'attarde sur la question de la monnaie.
La force de cet ouvrage est réellement dans cette vision de l'Afrique pré-coloniale vue par un africain ayant choisi ses sources.