Un livre de Pr Bwemba bong
Extrait du livre

Comme de nos jours, avec l'évasion financière vers des paradis fiscaux, les esclavagistes britanniques en leur temps, se mirent en quête de pays plus favorables à leur trafic.C'est ainsi que l'un des plus gros marchands d'esclaves de Liverpool, refugia ses activités en France, en transférant aussitôt ses bureaux à Rouen; quant aux armateurs de Bristol qui n'étaient pas non plus à cours « d'ingéniosité », ils camouflèrent leurs activités sous des « pavillons de complaisance ».

En Mai 1789, s'ouvrit aux Communes, le débat sur une motion pour l'abolition de la « Traite ». Elle était présentée par William WILBERFORCE, complètement rétabli et en pleine forme.De son discours passioné, il fit ressortir l'horreur de l'esclavage, à travers tous les détails rassemblé par le Comité.Il mit particulièrement l'accent sur « les marques au fer rouge sur les épaules et les poitrines, la puanteur dans dans ces cales sous la chaleur des Tropiques, l'immonde bouillie de haricots, les mâchoires qu'il faut ouvrir avec des tenailles,les danses grotesques en manière d'exercice, et tous ces malheureux qui préfèrent se donner en pâture aux requins plutôt que de rester un jour de plus dans cet enfer ».

Poursuivant sa communication, il démontra, chiffres à l'appui, que ce n'était pas seulement les négriers qui se rendaient coupables de ces abominations, mais également des Anglais sur le sol d'Angleterre; puisque: « Un tiers des survivants meurent dans la période qui suit immédiatement leur débarquement dans les Indes occidentales, ce que les planteurs appellent leur « période d'acclimatation », en prétendant que cette mortalité est due à la difficulté qu'ont les esclaves à s'adapter au climat, alors qu'il est sensiblement le même que celui de leur terre natale ».

A la suite de William WILBERFORCE, William PITT, puis FOX, prirent la parole dans le même sens. Ce qui,pour l'Opposition, constituait un sérieux sujet d'inquiétude sur les sombres prédilections qu'elle faisait sur les conséquences qu'entraînerait l'abolition de la « Traite ».

Elle se livra alors au chantage, comme cela est encore d'usage aujourd'hui dans les pays occidentaux néocoloniaux; en France notamment: si ce n'est pas l'Angleterre qui les faisait, d'autres nations europénnes continueront sans état d'âme les razzias négrières, ce qui aurait pour corollaire, de transformer les possessions britanniques en repaires de contrebandiers.En outre, souligna l'Opposition, les banques et les compagnies d'assurances de la City de Londres, ne tarderaient pas à faire faillite, de même que l'on assisterait à la ruine des ports britanniques.

L'Opposition s'en tint à cette plaidoirie qui ne s'appuyait désormais plus sur une prétendue vie brumeuse que les Noirs connaîtraient sans l'esclavage, ou sur une « supériorité de la vie « des Africains en servitude en pays chrétien, plut⊚t que leur liberté en cette terre païnne qu'était l'Afrique Noire, leur pays d'origine.

Il ne manqua cependant pas, face à cette situation devenue difficile à la tricherie, quelques membres de l'Opposition, assez habiles pour lui éviter l'échec, en rusant sur la tactique d'ajournement des débats.

Ils évoquèrent à l'occasion, le droit de la propriété, de même que le privilège des Communes à examiner toute question sans avoir à subir les pressions d'un Conseil dont la majorité était constituée de Lords.Ils réussirent ainsi, intelligemment, à faire ajourner les délibérations jusqu'en 1790, année au cours de laquelle toute l'enquête dû être reprise depuis ses débuts. En faisant ainsi traîner l'instruction jusqu'en été, l'Opposition savaituer pouvoir la bloquer par les élections générales à venir, élections qu'elle espérait bien gagner.

Tous ces atermoiements n'évitèrent cependant pas à leurs auteurs des déceptions dont les plus cinglantes furent la réélection à une très forte majorité,de William PITT, et la conversation aisée de son siège par William WILBERFORCE . Ces déboires pour l'Opposition n'empêchèrent cependant pas les hostilités de reprendre et de se poursuivre sporadiquement des mois durant, jusqu'à un vote d'Avril 1791, qui rejetait la motion de William WILBERFORCE par 163 voix contre 88, à la Chambre, et manifestait clairement la volonté affirmée d'une majorité de ses membres de voir le trafic d'esclaves se poursuivre en Angleterre.PourWilliam WILBERFORCE et ses amis,il ne restait plus dans ces conditions qu'une alternative: s'adresser directement à l'opinion publique.

Aussi, s'engagèrent-ils dans une vaste campagne, appuyée de manifestations organisées et de pétitions. Ce qui permit, pour la première fois, de faire la preuve que l'opinion publique pouvait exercer une influence directe sur le Parlement de Royaume-Uni,puisque, près de cinq cents pétitions recueillies sur tout le territoire britannique à cette occasion, donnèrent à réfléchir aux députés; même à ceux qui étaient assurés de conserver leur siège.

Rodés aux mécanismes du système, les deux William, PITT et WILBERFORCE, réussirent à imposer un débat qui fut aussitôt contrecarré par les esclavagistes dont l'un des membres, H. DUNDAS,(qui deviendra plus tard Vicomte de MELVILLE) partisan du « tout homme a le droit de faire ce qu'il lui plaît de ses biens », donc de ses esclaves, arguait que l'amélioration des conditions de vie des esclaves déjà présents au Royaume-Uni, allait conduire progressivement à enrayer définitivement l'importation de nouveaux captifs. Il suffisait pour cela, soutenait-il, d'amener les esclaves présents en terre britannique, à fonder des familles. Cette politique qui, au bout d'une dizaine d'années plus tard, devrait aboutir à mettre les enfants de ces esclaves sur le marché du travail, non seulement comblerait la pénurie de main-d'œ blanche au bout d'un certain temps, mais ferait de ces descendants d'esclaves, des travailleurs libres.

Bien entendu, le lobby esclavagiste fut plus que séduit par la proposition.Elle rallia en conséquence nombre de députés jusque-là « flottants » qui ne manquèrent pas de s'y engouffrer à pieds joints: elle s'inscrivait comme le compromis parfait qui devait sauver leurs affaires.FOX, qui ne fut pas dupe de la supercherie, déclara solennellement à la Chambre que, loin d'abolir graduellement l'esclavage, la proposition de H. DUNDAS, ne constituait qu'une démarche pour sa consolidation, afin d'en faire une institution permanente dans les Indes occidentales. En conséquence de quoi, il conclut dans une visible indignation patriotique, que si les colonies britanniques ne pouvaient être cultivées sans esclaves, il ne restait plus qu'à cesser de les cultiver.