Un livre de William Edward Burghardt Du Bois

SRUCTURE ET CONTENU DU LIVRE
L'ouvrage est en fait un recueil d'articles retravaillés. Seuls le chapitre III sur Brooker T. Washington et le dernier sur les Spirituals - que Du Bois appelle les Sorrow Songs, «les Chants de douleur» - ont été rédigés spécialement pour ce livre à la demande de son éditeur. Il comporte quatorze chapitres, agencés, comme on va le voir, selon une structure ternaire assez subtile.
Si l'on suit les indications de Du Bois lui-même dans la préface, le livre semble se diviser en deux grandes parties: la première (chapitres I à IX) décrirait le monde de l'homme blanc, ou plutôt l'analyse de la frontière entre ceux qui se trouvent à l'intérieur et ceux qui se trouvent à l'extérieur du «Voile», métaphore qui est reprise tout au long de ces pages pour désigner la ségrégation raciale. La seconde (chapitres X à XIV) serait quant à elle consacrée au monde de l'homme noir.
D'autres interprètes, comme Arnold Rampersad, adoptent un plan plus pédagogique et progressif, et je les suis sur ce point: une première section historique (chapitres I à III), une section sociologique consacrée à l'éducation (chapitres IV à VI), puis à la condition des Noirs dans le Sud (chapitres VII à IX), et enfin une section spirituelle (chapitres X à XIV).

LA SECTION HISTORIQUE
L'auteur se livre d'abord à une analyse d'ordre historique : I : «Sur nos luttes spirituelles», où se trouve l'analyse de la conscience dédoublée, sur laquelle nous reviendrons; II: «à l'aube de la liberté», centrée sur la période de la Reconstruction, qui voit, malgré les efforts du «Bureau des Affranchis» Leader modéré noir, dont le livre Upfrom Slavery 1901 fit époque et auquel Du Bois, plus radical, répond par le sien.
Cf. p. 7-8.
Cf p. 290-291.
notamment, un appauvrissement général des Noirs du Sud; III: «Sur Brooker T. Washington et quelques autres», où l'auteur critique sévèrement ce qu'on appelle en Amérique le gradualism, c'est-à-dire l'idée d'un lent cheminement vers l'émancipation sans exiger tout de suite l'égalité et les droits civiques.
Ce chapitre théorique est resté le plus célèbre, car il est le point de départ du «radicalisme noir».
Tant que M. Washington prêche en faveur de l'épargne, de la patience et de la formation technique pour les masses, nous devons marcher avec lui main dans la main et lutter avec lui. nous réjouir de ses récompenses et nous faire gloire de la force de ce Josué choisi par Dieu et les hommes pour prendi e la tète du troupeau égaré. Mais quand Mr. Washington excuse l'injustice, au nord et au sud. ne voit pas que le droit de vote est un privilège et un devoir, sous-estime les effets castrateurs des distinctions de castes et s'oppose à l'éducation et à l'ambition de nos esprits les plus brillants, [...] nous devons nous opposer à lui sans trêve ni repos. Par tous les moyens civilisés et non-violents possibles, nous devons lutter pour les droits que le monde accorde aux hommes, nous devons nous raccrocher sans faillir à ces paroles sublimes que les fils des Pères fondateurs auraient volontiers tendance à oublier: 'Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux : ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables : parmi ces droits se trouvent la vie. la liberté et la poursuite du bonheur' (p. 62).
On croirait entendre Martin Luther King quelque soixante ans plus tard...

LA SECTION SOCIOLOGIQUE
Du Bois passe ensuite à la section sociologique, qu'il consacre d'abord, en trois chapitres également, à la question de l'éducation du peuple noir, aspect qui lui tient à cœur comme pédagogue : IV : «Sur la signification du progrès», récit autobiographique sous forme poétique, V: «Sur l'aile d'Ataiante», mot codé pour Atlanta, où Du Bois évoque le rôle décisif de l'Université pour les Noirs (création notamment de l'Université Howard, à Washington, institution très importante dans l'histoire de l'émancipation noire), car il a toujours défendu, contre Washington qui prônait une éducation seulement technique, le droit des Noirs à accéder à une culture universitaire. Les Noirs ne sont pas appelés à devenir maçons ou entrepreneurs uniquement, ou à faire de l'argent, ils doivent pouvoir penser Cette séquence se termine à nouveau par un développement théorique : VI : «Sur la formation des Noirs», qui est à proprement parler le but de sa vie. Il faut fonder des écoles, eduquer, créer une élite intellectuelle noire, car n'est-ce pas la science qui émancipera vraiment les Noirs Il faut sortir du vague, du flou, de l'invisibilité :
Quelque part, entre l'homme et le bétail. Dieu a créé un tertium quid, et l'a appelé le Noir, une créature simple, clownesque, parfois même attendrissante à force de faiblesse, mais pour toujours étroitement déterminée à marcher à l'intérieur du Voile (p. 90).WILLIAM E. B. DU BOIS
Au contraire, la marche vers la liberté et l'égalité donnera aux Noirs une nouvelle «affirmation d'eux-mêmes» (self-assertion) et une nouvelle «estime de soi» (self-respect) - toutes expressions qui, aujourd'hui, vont de soi mais qui à l'époque étaient totalement novatrices. Ce que Du Bois voulait était de redonner aux Noirs leur dignité d'êtres humains - pensants.
Le produit final de notre formation ne doit pas être un psychologue ou un maçon, mais un homme (p. 87).
L'Université ne doit jamais poursuivre qu'un seul véritable objectif- permettre, non pas de gagner son pain, mais de connaître la fin et le sens de cette vie que nourrit le pain (p. 84).
Les trois autres chapitres de cette section abordent ensuite la question des conditions de vie des Noirs dans le Sud : VII : «Sur la ceinture noire», récit à nouveau autobiographique sur la Géorgie et le Royaume du coton; VIII: «Sur la quête de la Toison d'or», description minutieuse des filatures de coton, de la condition des ouvriers agricoles noirs et de la misère de leurs foyers (avec la décomposition des familles, héritage le plus effrayant de l'esclavage); IX: «Sur les fils du maître et de l'homme», chapitre économique et politique qui se clôt sur cette importante remarque :
Les Noirs ne doivent pas se contenter de déclarer que les préjugés de couleur sont la seule cause de leur condition sociale, et le Sud blanc ne peut pas se contenter de répondre que leur condition sociale est la cause principale des préjugés. Ce sont une cause et un effet réciproques, et si l'on change seulement l'un des deux, cela ne produira pas l'effet désiré. On doit changer les deux, si l'on veut une amélioration de quelque importance (p. 179).

LA SECTION SPIRITUELLE
Cette partie, peut-être la plus intense, s'organise autour des éléments fonda¬¨ mentaux de la condition noire: la religion (X : «La foi de nos pères»), très beau chapitre dans lequel Du Bois décrit le culte noir dans ses trois aspects :
le prêcheur, la musique et le shouting (l'entrée en transe). «L'église noire d'aujourd'hui est le centre social de la vie noire aux états-Unis, et l'expression la plus caractéristique du caractère africain» (p. 184); la douleur (XI: «Sur la mort du premier-né»), élégie dans laquelle Du Bois raconte la mort de son propre fils âgé de 20 mois, décédé par absence de médecin dans le quartier noir; la colère (XII: «Sur Alexandre Crummell»), un ami d'enfance devenu, après bien des refus dus à sa race, prêtre de l'église épiscopalienne. Il s'agit ici de la figure d'un jeune pasteur humilié, figure de «la lutte de celui qui cherche en vain sa place dans le monde, hanté sans cesse par l'ombre de la mort qui est plus que la mort même» (p. 214). Le chapitre XIII («Sur le retour de John») est une terrible parabole sur deux amis d'enfance, les deux John, un Blanc et un Noir, qui finissent l'un tué et l'autre lynché.
Le chapitre XIV sur les bien-nommés «Chants de douleur» clôt le livre en expliquant le sens de la double citation que Du Bois avait inscrite en exergue à chaque chapitre, l'une tirée de la poésie occidentale, l'autre consistant en une portée musicale d'un Spiritual.
Reprenons maintenant quelques points fondamentaux de ce chef-d'œuvre.

LA CONSCIENCE DÉDOUBLÉE
Le texte qu'on va lire, souvent cité, est peut-être un écho de ce que Du Bois avait entendu, à Berlin, de Hegel et de la conscience aliénée. C'est en tout cas le grand projet du livre :
C'est une sensation bizarre, cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d'un autre, de mesurer son âme à l'aune d'un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante.
Chacun sent constamment sa nature double - un Américain, un Noir; deux âmes, deux pensées, deux luttes irréconciliables; deux idéaux en guerre dans un seul corps noir, que seule sa force inébranlable prévient de la déchirure.
L'histoire du Noir américain est l'histoire de cette lutte - de cette aspiration à être un homme conscient de lui-même, de cette volonté de fondre son moi double en un seul moi meilleur et plus vrai. Dans cette fusion, il ne veut perdre aucun de ses anciens moi.Il ne voudrait pas africaniser l'Amérique, car l'Amérique a trop à enseigner au monde et à l'Afrique. Il ne voudrait pas décolorer son âme noire dans un flot d'am鬨ricanisme blanc, car il sait qu'il y a dans le sang noir un message pour le monde. Il voudrait simplement qu'il soit possible à un homme d'être à la fois un Noir et un Américain, sans être maudit par ses semblables, sans qu'ils lui crachent dessus, sans que les portes de l'Opportunité se ferment brutalement sur lui» (p. 11-12).

Le début du texte («se regarder par les yeux d'un autre») annonce The Invisible Man de Ralph Ellison8. Le Noir est condamné à se renier lui-même pour se laisser intégrer à la société blanche. Ellison aura cette phrase terrible : «la seule façon d'être agréable à un Blanc, c'est de lui raconter un mensonge».
Mais Du Bois ne s'en tient pas à ce constat négatif, comme si le Noir était perpétuellement coupé, partagé en deux. Il veut montrer «qu'il est possible d'être à lafois un Noir et un Américain», de sorte que le Noir en Amérique n'a pas à rêver d'un retour hypothétique en Afrique (comme Marcus Garvey l'avait préconisé), ni à s'identifier purement et simplement à la nation américaine blanche; il se trouve au contraire appelé à créer une nouvelle identité, une nouvelle construction identitaire. C'est en tant que je vous dis non que vous avez à m'accepter tel que je suis.
s En fr. : Homme invisible, pour qui chantes-tu trad, de R. et M. Merle, Paris, Grasset, 1969 (le roman date de 1952).
' Op. ci7.,p.l41.
Avec le slogan Back to Africa, lancé en 1916 par ce militant déjà «panafricain».WILLIAM E. B. DU BOIS
Or, à son tour, cette nouvelle identité va représenter un plus, une contribution positive au monde : «il y a dans le sang noir un message pour le monde», car cette identité dédoublée et réconciliée «en un seul moi meilleur et plus vrai» pourra transformer les relations humaines et faire de ce monde un monde plus humain. Nous voici au cœur du dépassement du nationalisme noir de Du Bois par un universalisme toujours réaffirmé, dans la mesure où le destin des Noirs sera de se vouloir un trait d'union entre l'Amérique et l'Afrique, entre les dominants et les dominés. D'où l'auto-désignation actuelle des Noirs comme Africains Américains.

SOUMISSION OU AFFIRMATION DE SOI
Revenons encore sur l'un des grands textes de ce livre, dans le contexte de la critique de Booker T. Washington :
Mr. Washington représente, dans la pensée noire, la vieille attitude d'adaptation et de soumission; [...] le programme de M. Washington a naturellement pris un tour économique; il est devenu un véritable évangile du travail et de l'argent, à un point tel que cela semble éclipser presque entièrement les buts les plus nobles de la vie.
[...]
Une fois encore, sur notre propre sol, en réaction contre les bons sentiments exprimés pendant la guerre, les préjugés raciaux contre les Noirs connaissent un nouvel élan, [...]
à d'autres périodes, chaque fois que les préjugés s'étaient intensifiés, toute l'énergie des Noirs s'était tournée vers l'affirmation d'eux-mêmes; aujourd'hui, on préconise une politique de soumission. Pourtant, dans l'histoire de presque toutes les autres races et tous les autres peuples, lors de crises semblables, on a prêché pour doctrine qu'il est bien plus important de garder son estime de soi et sa fierté que d'acquérir des terres ou des maisons, et qu'il est inutile d'essayer de civiliser un peuple qui renonce volontairement à l'estime de soi, ou qui cesse de lutter pour elle (p. 54-55).
En fait. Du Bois se veut le continuateur de Frédéric Douglass (1818- 1895)", le philosophe noir qui l'a précédé et qui déjà défendait le droit des Noirs à penser par eux-mêmes. L'idée centrale de tous ces penseurs «radicaux» est l'auto-affirmation et l'auto-développement (p. 53). Il faut que les Noirs croient en eux-mêmes et trouvent en eux les ressources morales et intellectuelles pour recouvrer leur dignité et devenir des partenaires exigeants dans le débat racial. C'est ce qu'on a appelé le radicalisme noir.
Mais en même temps on n'a pas assez dit que Du Bois critique également la rhétorique des classes noires aisées, qui s'en prennent au racisme blanc sans proposer de voie concrète pour la libération des masses . Inlassablement Du Cf. la note 67 sur Douglass, p. 262-3, dont l'autobiographie, Narrative of the Life ofFrederick Douglass, an American Slave, publiée en 1845. eut un grand retentissement.
Si, pour Du Bois, le problème du Noir du Sud est la ruse, la dissimulation, etc.:
«Le prix de l'acculturation, c'est le mensonge», il ajoute néanmoins: «D'un autre côté, dans le Nord la tendance est à l'exagération du radicalisme noir» (p. 194-195).
Bois a donc lutté à ce niveau collectif, pour a) obtenir le droit de vote, b) parvenir à l'égalité civile, c) promouvoir l'éducation des jeunes, y compris les études universitaires. Son but ultime était de comprendre scientifiquement le pourquoi du racisme, d'en analyser les causes et les effets, ainsi que de promouvoir une voie réaliste de survie dans une société majoritairement hostile.

LA MÉTAPHORE DU VOILE
On a dit, non sans raison, que les Ames du peuple noir était la «Bible politique de la race noire». En effet, l'origine de la métaphore du Voile, par laquelle Du Bois désigne à la fois la frontière entre le monde blanc et le monde noir et son dépassement, est biblique. «à présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse...» (1 Co 13,12). Le voile, en cette acception d'abord négative, désigne la manière dont le Noir se voit avec les yeux des Blancs, de manière déformée et aliénée. C'est cette réflexion de soi dans le regard de l'autre que Du Bois stigmatise sans cesse. Deux mondes coexistent donc: le monde sous le Voile et le monde hors du Voile. Or, il n'y aura pas de libération des Noirs sans qu'ils soulèvent eux-mêmes ce voile, dépassent les frontières, se réapproprient l'espace qu'on leur avait dénié et fassent tomber les murs implacables de la séparation.
Mais, d'autre part, la métaphore signifie aussi que ce geste de «passer au travers du voile» est synonyme de révélation, la révélation que c'est en étant lui-même et personne d'autre que le Noir entrera dans la société des hommes libres.
Empruntée à l'Exode, cette image veut exprimer alors que le peuple noir récapitule en lui-même le destin de l'Amérique, qu'il sauvera comme Moïse. Et cela même si la terre promise se trouve encore lointaine. Franchir la ligne de couleur, c'est comprendre enfin, dans une révélation justement, que nous sommes en fait égaux. Mais il ne peut s'agir ici-bas, dans ce monde d'injustice, que d'une révélation voilée... «Quand Moïse eut achevé de parler avec eux, il mit un voile sur son visage» (Ex 34,33).

REMARQUES CRITIQUES
Concluons maintenant par deux remarques critiques, non sur cette édition, dont le niveau est à tous égards digne d'éloges, mais sur les limites du projet de Du Bois lui-même.

SURMONTER LE RACISME PAR LA SCIENCE
On peut d'abord se demander si l'idéal de Du Bois, de surmonter le racisme par la science, n'était pas excessivement optimiste.
Je me souviens d'avoir entendu James Cone me dire il y a quelques années: «Du Bois croyait que la science viendrait à bout du racisme -il se trompait !»
Il y a là un débat profond sur les voies et moyens d'en finir avec la Bête: la sociologie avec Du Bois, l'action non violente avec Martin Luther King, le retour en Afrique avec Marcus Garvey, la révolution avec Malcolm X L'énigme du racisme
n'est-elle pas qu'il se déplace, qu'il change de nom, et que le chemin vers la tolérance et la raison est sans cesse à refaire Certes, l'honneur de Du Bois est d'avoir compris que l'on ne pourrait jamais rien obtenir sans commencer par décrire «le problème» dans toutes ses composantes, et l'analyser d'un point de vue tant historique que sociologique.
Mais cette œuvre, ponctuée par des fragments lyriques, épiques et narratifs, comme nous l'avons vu, n'est-elle pas aussi habitée par un souffle religieux incontestable.
à côté de la science, il y avait en Du Bois un lyrisme qui la dépassait: après tout, ne parle-t-il pas des Ames du peuple noir, le mot soul ayant en américain une consonance immédiatement musicale et religieuse Les âmes sont ce pourquoi le peuple noir se bat,à la fois pour sa mémoire, pour ses penseurs et militants et pour ce qu'il y a d'indépassable en chacun de ses membres. Le premier chapitre ne s'intitule-t-il pas : «Sur nos luttes spirituelles»

UN ECRACIALISME ROMANTIQUE
Si le grand mérite de Du Bois est d'avoir combattu pour l'unité et la cohérence d'un tout, le peuple noir en Amérique, disposant d'une identité collective distincte et unificatrice - les âmes du peuple noir -, il n'en reste pas moins qu'il y a également dans son œuvre ce que l'on a stigmatisé comme son «racialisme romantique» (Hegel, Herder et d'autres), car il penche vers la fin de sa vie pour un panafricanisme certes respectable, mais imprécis et peut-être trop large. Pourtant comment concilier un engagement universaliste et une allégeance à son peuple Pourra-t-on jamais démontrer les attaches réelles du Noir américain à l'Afrique Les continuateurs de Du Bois devront chercher à l'avenir une définition de la race qui ne soit plus biologique ou phénotypique seulement, mais historique et éthique, et donc préciser son rêve panafricain dans un projet politique nouveau.
L'unité africaine est un problème très grave, un problème dont on ne parle presque jamais en Europe, mais dont dépend une grande part de notre avenir.
Je pense non seulement aux ethnies, aux langues
Cf. les références en p. 314.60
vernaculaires, aux mentalités, mais aussi à la division en Afrique de l'Ouest entre anglophones et francophones, sans parler des sectes et de la pénétration de l'islam.
La ligne départage des langues et des cultures, des religions aussi, est devenue une question aussi difficile que celle de la couleur. Autrement dit : la grande question ne serait-elle pas aujourd'hui peut-être plus celle de la civilisation que celle de la race seulement