Un livre de Ama Mazama
extrait page 40

Cette prédilection pour les langues bantu est largement inspirée par ma conviction , que contrairement aux idées répandues, l'Afrique centrale plutôt que, ou au moins tout autant que l'Afrique occidentale, a contribué au peuplement africain de la Guadeloupe. Tout d'abord, la présence Bantu est largement attestée pendant toute la période de l'esclavage. L'on se souviendra par exemple, qu'au XVIIe siècle (1656), la première révolte documentee d'Africains asservis en Guadeloupe, fut le fait d'"Angolas" (en collaboration avec des "Cap-Verts"). Au XVIIIe siècle, les trois études consacrées à la question ethnique des Africains (Vanony-Frish 1985; Schnakenbourg 1973 et Debien ยง al. 1963), arrivèrent à la même conclusion : les "Congos" représentaient, numériquement parlant, la première ou la seconde composante africaine. Les Bantu étaient également présents tout au long du XIXe siècle (Fallope 1983, p. 20).

En fait, ils formèrent le dernier contingent d'Africains a être introduits en Guadeloupe, entre 1857 et 1861, comme "engagés libres". L'importante présente bantu en Guadeloupe doit être imputée essentiellement au rôle de premier ordre joue par la contrebande en Guadeloupe. En effet, "négligés" par la France qui choisit de privilégier la Martinique, mais surtout Saint-Domingue, les colons francais installes en Guadeloupe n'avaient d'autre recours que de s'en remettre aux Anglais, mais surout aux Hollandais afin de se ravitailler en esclaves. Sainte-Eustache, colonie hollandaise, , qui jouait alors le rôle d'entrepôt, leur était une très importante source de ravitaillement (Schnakenbourg 1971, , p26; Abenon 1978, p. 53). Il convient de savoir, à ce point que les Bantu représentèrent entre un tiers et un quart des Africains déportés par les Hollandais au XVIIe et XVIIIe siecles (Postma 1970, p. 184). Ce qui est suggéré ici c'est que la composante bantu de la population africaine en Guadeloupe était plus importante que celle d'autres colonies françaises, ou elle resta relativement réduite, en raison d'un schema de peuplement différent. Ceci apparait au niveau de la langue.