Un livre de Aminata Dramane Traoré et de Boubacar Boris Diop

Enfin, un peu d'air frais. Honte à la plupart des responsables africains, occidentaux et aux intellectuels africains peureux et s'auto-désinformant ! Non, il n'y a dans ce livre aucun anti-occidentalisme, ni de francophobie. Il y a une volonté de rétablir des vérités parfois déconcertantes. Pas de surprise dans l'intervention de la France au Mali, une simple exécution d'un plan de retour de la puissance en perdition de la France en Afrique francophone ? Peut-être !
Tout un chacun ferait mieux d'aller s'instruire en lisant ce livre courageux qui n'a pour objet que de ramener le débat, le vrai, entre les peuples. Là aussi, le débat entre les peuples est complètement oublié. La vérité sur les changements de gouvernement en Afrique aussi. Car au fond, si les alternances politiques s'étaient déroulées normalement, c'est-à-dire sans l'intervention discrète ou visible de la France, parfois sur demande expresse des dirigeants africains, avec ou sans tampon des Nations Unies, la relation entre les pays africains et la France n'en serait pas là. Alors on comprend pourquoi l'Union européenne est bien discrète dans un conflit de familles où les membres n'ont de liens qu'à partir des aventures coloniales et postcoloniales, même si les réseaux ésotériques se chargent de les faire perdurer, non sans échecs patents ici et là.
Car pourquoi avec la fin autoproclamée par François Hollande de la Françafrique et après avoir fêté pompeusement le cinquantenaire de la postcolonie, la France socialiste-libérale de François Hollande vient d'inaugurer la 50e intervention militaire de la France en Afrique avec l'opération « Sangaris » en Centrafrique ? Si le Mali fait l'objet d'une attention particulière dans le livre, c'est surtout le procès d'une Françafrique qui n'arrive pas à accoucher d'une francophonie économique dont il est question en filigrane.
Pourquoi la France a-t-elle empêché Aminata Dramane Traoré d'aller s'exprimer en Allemagne à l'invitation de la Fondation Rosa Luxembourg ? La France a simplement refusé de délivrer le visa de transit par la France. Pourquoi la vérité de certains intellectuels africains conscients dérange tant le pouvoir français alors qu'il ne s'agit que de ‘changement' !
La vérité qui se dégage de ce livre oblige à s'interroger sur le niveau de transparence du discours officiel et la nourriture informationnelle que les peuples africains, notamment francophones, veulent bien digérer. Car à force de croire que le sauveur viendra de France, les dirigeants africains ne représentant que marginalement leur population quand ils ne la méprisent pas, choisissent en dernier ressort de s'aligner sur les positions de la France laquelle assiste comme observateur dans certaines entités décisionnelles sous-régionales africaines comme ce fut le cas au cours de la conférence de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC) sur la Centrafrique. La France a annoncé le départ du Président de la Centrafrique quelques semaines auparavant, la France, par la voix du Président du Tchad, Idriss Deby, a obtenu cette éviction. Sans commentaires !
Finalement, l'histoire de la plupart des pays francophones et la situation de contre-vérités des urnes forçant à l'instauration de militaires gourmands et anti-démocratiques ne permettent que de sauver le système existant. Mais quel est-il ce système ? La Françafrique ou alors l'Afrique-France comme la renomme François Hollande. Bref, le vocabulaire n'a plus d'importance. Chacun jugera aux résultats à la fin des cinq ans de mandat du Président français.
Pourtant, rien n'a vraiment changé sur le fond puisqu'il y a unité nationale en politique française sur la politique étrangère dans les ex-colonies françaises. Alors, d'où vient cette unité entre la droite et la gauche française ? Et comment la faire perdurer ? Tout simplement en organisant à la tête du maillage décisionnel africain, des Africains à « peau noire et masque blanc ». Mais çà, c'était l'ancien système. Le nouveau système préfère faire dans la censure discrète et faire des blagues lorsque les véritables intentions de défense des intérêts français aux dépens des intérêts africains sont affichées au détour de quelques phrases parfois sorties de leur contexte.
Allons donc, tous contestataires de bonne foi ne peuvent être systématiquement et collectivement rejetés. Il s'agit d'accepter d'ouvrir le débat. Ce débat ne peut se limiter à la relation entre la France impériale et les dirigeants africains vassaux, et parfois fiers de l'être.
Cheik Anta Diop a été l'un des premiers parias d'un tel système, et ce paradoxalement sous Léopold Sedar Senghor. Depuis lors, on punit allégrement tout déviationniste en le privant de postes, en l'humiliant au plan économique quand il ne s'agit pas de le priver d'antenne. Oui, le verbe et l'écriture peuvent faire mal là où l'on ne s'y attend pas dans un espace où le nombre d'analphabètes demeure important. Au fond, il s'agit donc bien d'une censure sur l'histoire réelle en Afrique francophone. La France a donc bien un problème avec sa mémoire coloniale au point de se rendre incontournable dans les opérations de guerre de basse tension. Mais les dirigeants politiques africains sont tout aussi responsables de leur incapacité à s'organiser collectivement pour négocier au profit des populations les nouveaux enjeux de leur souveraineté dans le monde. Mais le plus triste, ce sont les intellectuels qui crient dans les salons et cafés, et refusent de retrouver leur dignité en disant la vérité à leurs dirigeants convaincus de garder le pouvoir s'ils s'alignent sur celui qui détient le pouvoir de les « dégommer » du pouvoir. Aussi, il est préférable de sacrifier les intérêts des populations, de faire œuvre charitable en faisant preuve d'amnésie sur la mémoire postcoloniale et même de s'aligner sur les stratégies voulues par les puissances extérieures.
Voilà que le mot qui fâche est lâché : I M P O S T E U R S !!! Comment après les cinquantenaires de l'indépendance juridique des pays francophones, la France peut-elle justifier sa présence et sa souveraineté directe et indirecte sur de nombreux pays africains, souvent utilisateurs du fameux Franc de la communauté financière Afrique, le franc des colonies françaises.

Il suffit d'oublier l'histoire et ne pas parler de l'origine des problèmes. Aminata Dramane Traoré et Boubacar Boris Diop disent NON ! Ils choisissent de remonter à l'origine des problèmes au Mali et ailleurs en Afrique. Le livre vaut donc le détour.
Il suffit de promouvoir l'amnésie collective et informationnelle sur les véritables imposteurs et fiers de l'être dans l'histoire pour que les mêmes imposteurs puissent se présenter comme les sauveurs de l'Afrique aujourd'hui. Si c'est faux, il faut en parler. Si c'est vrai, il faut s'interroger pour corriger cet état de fait qui nuit à un retour de rapports sains entre les 55 pays africains (y compris le Maroc qui ne fait pas partie de l'Union africaine) et la France.
Alors, il est peut-être trop tôt pour juger la politique de François Hollande qui insiste pour que l'histoire retienne de lui qu'il a permis le « changement » en Afrique. Mais quel changement ?
Au profit de qui ? Où sont les nouvelles répartitions des richesses minières en Afrique ? La démocratie tant recherchée ne peut perdurer sur la base des frontières africaines héritées des décisions coloniales. Et donc, l'histoire Afrique-France doit être rediscutée par avec des intellectuels africains conscients, et surtout pas par des « africanistes blancs » séjournant dans les « hôtels climatisés » des capitales africaines, moins de 5 jours en moyenne et se retrouvent sur les grandes chaînes de diffusion de l'information formatée sur la réalité de l'Afrique.
En réalité, si la France intervient, c'est d'abord pour préserver ses intérêts. Elle doit le faire avec des partenaires africains. Pour ce faire, la censure, l'humiliation, la force mais aussi les infidélités politico-économiques sont de bonne guerre pour présenter l'usurpateur et l'imposteur comme le sauveur de l'Afrique. Le problème est le suivant : quelle Afrique ? Celle véhiculée par les films et autres informations « encadrées » où il n'est jamais question de reconnaître officiellement les responsabilités. Celles-ci restent tout de même bien partagées même s'il est question de renforcer dans l'inconscient collectif français que la France est allée en Afrique en toute « philanthropie » et que si tout va mal là-bas, c'est la faute des Africains qui clament qu'ils veulent régler leur problème eux-mêmes. Voyez donc ! Depuis qu'ils s'occupent de leurs affaires, tout va mal au point où la France doit intervenir.
Mais voilà, rappeler que la France dépend pour son électricité à plus de 50 % du prix inique payé au Gouvernement du Niger pour l'Uranium, ce n'est pas faire preuve de francophobie ou d'anti-occidentalisme primaire. Autrement dit, si le Gouvernement nigérien a le courage, -ce qu'il n'a pas- d'imposer son point de vue comme les gouvernements sud-américains alors tout peut basculer et les rapports de force se réorganiser.
Les nouvelles formes de maintien d'un système de domination économique et du monopole du « celui qui apporte la vérité et les droits humains » doivent perdurer et une agglomération de personnalités refusant de penser ou alors s'alignant sur les pensées exogènes finissent par continuer sous d'autres formes la non-vérité, celle qui ment par omission sur l'histoire, l'origine des problèmes africains et les responsables, les vrais. Aussi, la politique africaine de la France ne peut se faire autour de quelques intellectuels n'ayant aucune prise avec la réalité des souffrances des Africains et Africaines et ayant absorbé à haute dose des vaccins neutralisants où toute stratégie fait l'économie du refus de laisser la démocratie s'installer dans les Républiques de la francophonie africaine. L'euphémisme sur les responsabilités de la France et de ses agents mandatés (secteurs publics ou privés) ne peut être étouffé par des superlatifs bon-enfant sur l'Afrique du futur, un futur où l'on ne parle que des consommateurs africains sans pouvoir d'achat avec des inégalités de plus en plus écrasantes et visibles.
Mais qui a permis dans le temps de coloniser l'imaginaire africain grâce aux ecclésiastiques de tous bords –Christianisme, Islam mais aussi Animisme-, aux mercantilistes et commerçants véreux, aux traitres africains fiers de l'être, aux intellectuels qui préfèrent trahir leur peuple en s'engageant pour soutenir le système pervers d'oppression économique cachant le niveau très élevé du chômage en Afrique, notamment chez les jeunes et les femmes ? Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'Aminata Dramane Traoré ait écrit un livre sur « l'étau » et que Boubacar Boris Diop ait intitulé son premier « la cloison ». Entre l'étau et la cloison, on voit, entre autres, se profiler les problèmes :
de souveraineté économique des Etats africains ; et
de la migration se déclinant dans la Diaspora comme de l'errance pour plusieurs des Africains dits de la Diaspora. Alors, comment est-ce que le triptyque « colonisateur – post-colonisateur – sauveur » arrive encore à fonctionner ? Le besoin d'accéder aux matières premières à bas prix ou la sécurité à tous prix ? Vraisemblablement, les deux ne sont que des formes évoluées de l'information formatée qui peut se perdre dans une désinformation justificative des interventions où l'aide de la France, mais plus globalement des pays occidentaux, doit avoir un retour sur investissement deux fois plus important que par le passé.
Aussi, le terrorisme permet de retrouver des formes nouvelles non pas de la recolonisation, mais de l'expansionnisme économique de suprématie. Alors oui, il faut aller lire, méditer « la gloire des imposteurs » d'Aminata Dramane Traoré et de Boubacar Boris Diop. Et à la fin des 233 pages de ce livre passionnant, sans complaisance et bien informé, chacun doit être interpellé. Si vous vous considérez comme « blanc, métis, mulâtre, ou noir », ce livre ne dérange pas. Il vous positionne à l'échelle mondiale sur le curseur permettant de vous interroger sur votre contribution à fuir un système de vases communicants où le bien-être de l'ensemble des peuples africains, notamment francophones, ne peut se faire sans que la France au préalable ait récupéré ce qu'elle considère comme son « retour sur investissement » sur ses épopées africaines.
A quand la prochaine intervention française en Afrique ?