L'Université Africaine dans le cadre de l'Union Africaine

restaure les grandes lignes et l'historicité de la recherche scientifique et de la pratique universitaire en Afrique, comme aliment à une renaissance universitaire vouée à l'essor du continent, dans une lecture panafricaniste et axiologique endogène -valeurs africaines, Maat- du devenir collectif.
La nécessité de mobiliser l'héritage scientifique africain ne fait pas l'ombre d'un doute, réimplantant le procès scientifique sur des racines culturelles internes et à ce titre remettant l'Africain en dialogue sans traducteur ni intermédiaire avec la science, le savoir qui lui sont, même à son insu, intimement familiers. Cette restauration patrimoniale devrait libérer l'inventivité latente de chercheurs et penseurs tenus à l'écart de la communauté scientifique mondiale, par leur propre pudeur déplacée suscitée par le sentiment d'être Sans Papiers au royaume de la connaissance, par une autocensure inconsciente fabriquée par le traumatisme silencieux d'une absence presque totale de pairs mélanodermes dans le gotha de la pensée planétaire reconnue officiellement et médiatisée. Les barricades érigées par le champ scientifique occidental pour maintenir une domination culturelle se chargent de pérenniser ces asymétries.
Or l'Afrique est loin d'être orpheline de référents et précédents scientifiques et universitaires même si il faudra un travail plus détaillé et plus approfondi pour exhumer intelligemment l'ensemble du patrimoine cognitif africain et sa production historique. Quelques centres et foyers universitaires fameux, universitaires au sens de communauté intellectuelle spécialisée produisant des connaissances et institutionnellement dédiées à cette mission principalement, occupent une place de choix dans la tradition universitaire africaine et humaine dans l'ensemble.
Une des caractéristiques de la production des connaissances sur le continent, et donc de la tradition universitaire africaine, est le lien entre le temple, le palais et le savoir, équilibre, interpénétration et osmose, le parfait modèle en étant la «Maison de vie» de l'Egypte pharaonique, Per-Ankh. Institutions de haut savoir situées dans les abords des grands temples, munies de bibliothèques, elles accueillaient des savants, lettrés, scribes, prêtres, philosophes voués à la réflexion et à la méditation. L'idéologie pharaonique est l'œuvre de ces savants qui ont légué pyramides, obélisques, édifices monumentaux, spiritualités et avancées pratiques et théoriques décisives dans la mécanique, la géométrie, l'astronomie, la médecine, la chirurgie,...
Les «Maisons de vie» Perou-Ankh étaient par conséquent d'éminents centres scientifiques de recherche et d'enseignement supérieur qui formaient l'élite de la société. Plus tard lorsque l'Egypte perdra son indépendance, la tradition africaine des « Maisons de vie » sera reprise dans la création et l'animation du Musée et de l'école d'Alexandrie, cette ville en terre africaine créée par Alexandre de Macédoine. Centre artistique, littéraire, scientifique et philosophique de tout l'Orient, doté de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie et de ses 900 000 manuscrits, cette école sous la divine protection de la déesse Isis continuait la tradition africaine pharaonique, comptant de nombreux savants parmi lesquels beaucoup d'Africains, dans les domaines de la physique, des mathématiques, de la philosophie, de la grammaire, de la poésie, de la pharmacologie... Les noms célèbres des Africains Plotin, philosophe platonicien ou d'Eratosthène, astronome, mathématicien et philosophe sont associés à cette école de pensée.
Les impressionnantes constructions de pierres de Zimbabwe, objets d'une fascination occidentale ayant poussé d'aucuns au révisionnisme,

abritaient aussi très probablement selon le professeur Obenga des temples, des communautés de savants, de docteurs -Nganga en Afrique centrale. Il fallait en effet un niveau extrêmement élevé de connaissances et d'éducation pour développer une architecture monumentale de référence mondiale, une esthétique décorative usant de coton, d'or et d'ameublement de grande qualité, le tout dans un environnement sociopolitique organisé et élaboré, une économie internationale traitant avec l'Inde et la Chine.
Le monde musulman et arabo-berbère-maure témoigne également de la production intellectuelle et universitaire africaine à l'époque médiévale. En effet Musulmans, Arabo-Berbères et Noirs africains -Maures- forment un tout qui va influencer le niveau de connaissance du Maghreb et de l'Espagne. L'université de Cordoue et sa bibliothèque renseignent sur le niveau et la pratique intellectuels des Africains et Arabo-Berbères qui ont créé les premières universités espagnoles.
L'université de Sankoré dans le Tombouctou médiéval était aux 15ème et 16ème siècles un important centre intellectuel et religieux réputé de par le monde, fréquenté par des étudiants et des grands maîtres du monde musulman africain. Les savants comme Ahmed Baba ou Mohammed Koti, africains, sont passés à la postérité dans ce contexte. On enseignait le droit, la grammaire, l'histoire, la théologie, l'astronomie... à Tombouctou, avec délivrance de diplômes et rédaction de dissertation !
Plus généralement selon des modes de transmissions de connaissances et de savoirs insuffisamment élucidés à ce jour, les principales civilisations africaines ont eu raison du fer, de l'or, du bronze, ont maîtrisé l'architecture, l'industrie textile, la pharmacopée en reposant sur des structures sociopolitiques établies, intégrant la problématique du savoir. Ceci est autant valable pour la culture matérielle -réalisations matérielles- que pour les produits de la culture immatérielle comme l'élaboration d'épopées, de cosmogonies complexes, de modèles astronomiques tels que les Dogon le font avec un indice d'excellence notable ; pour toutes ces œuvres inscrites dans la durée, une production de connaissances étaient nécessaire.
Cette tradition africaine universitaire et intellectuelle, devrait servir de répertoire privilégié à actualiser en fonction des urgences de l'heure, la lutte contre la désertification, contre la famine, et l'accès à l'eau, dans les priorités mises en avant par le professeur Obenga.
L'université africaine tendue vers une Renaissance continentale et extracontinentale n'a pas d'autre choix qu'une optique panafricaniste, solidaire des efforts des uns et des autres et proposant des formules de mutualisation, de partage des charges communes.
La méthode la plus aboutie selon Dr Cheikh Anta Diop et Obenga, acquis solide de l'humanité, est la méthode scientifique que les Egyptiens appelaient «méthode correcte». Elle devrait être mobilisée pour maîtriser toutes les sciences, épistémologies et logiques humaines afin d'inventer des futurs cognitifs.
Animée par les valeurs africaines dont la Maât est le cœur, principe de vérité, de justice, de bonheur, magnifiant et cultivant le beau, le bien, le vrai, l'Université Africaine devrait pour le professeur Obenga être inscrite dans les agendas de la toute nouvelle Union africaine, missionnée pour mettre en œuvre la dynamique de la Renaissance.
L'intérêt de la réflexion du Chef de département des «Etudes Africaines» de l'Université de San Francisco en Californie aux Etats-Unis et directeur de la revue d'Egyptologie Ankh, Pr Théophile Obenga, va au-delà de l'horizon incertain de l'Union africaine, née sans réelle inspiration de rupture d'avec les errements du passé et du présent. Elle ouvre la voie à des travaux fouillés et plus finement thématisés sur le patrimoine scientifique et universitaire africain réévalué, avec des visées pédagogique et politique non nécessairement réduites aux acteurs et générations actuelles de décideurs s'illustrant trop souvent comme en dehors de l'histoire.