L'Antiquité africaine par l'image

Les recherches poursuivies en paléontologie humaine par feu le docteur LEAKEY, en particulier, ont permis de placer le berceau de l'humanité en Afrique orientale dans la région des Grands Lacs, autour de la vallée de l'Omo.
Deux conséquences, sur lesquelles on n'a pas mis l'accent jusqu'ici, découlent de cette découverte :
1) Une humanité née sous la latitude des Grands Lacs, presque sous l'équateur, est nécessairement pigmentée et négroïde, d'après la loi de GLOGER qui veut que les animaux à sang chaud soient pigmentés en climat chaud et humide.
2) Toutes les autres races sont issues de la race noire par filiation plus ou moins directe, et les autres continents ont été peuplés à partir de l'Afrique, tant au stade de l'Homo "faber" qu'à celui de l'Homo sapiens, qui apparut il y a environ 150 000 ans : les théories antérieures qui faisaient venir les nègres d'ailleurs sont périmées.
Les premiers négroïdes qui allèrent peupler le reste du monde sortirent de l'Afrique par le détroit de Gibraltar, par l'isthme de Suez et peut-être aussi par la Sicile et l'Italie du Sud.
L'existence d'un art rupestre et pariétal africain du Paléolithique supérieur doit venir confirmer cette façon de voir.
Les gravures du Djebel Ouenat en Libye seraient du Paléolithique supérieur d'après l'abbé BREUIL. En égypte, les plus anciennes gravures seraient du Paléolithique supérieur. En éthiopie, près du site de Dire Daoua, les peintures de la caverne du Porc-épic sont du même type que celles de l'égypte et de la Libye. D'après LEAKEY, en Afrique orientale, l'art le plus ancien serait du Paléolithique supérieur. La présence du Stillbayen dans les districts riches en peintures (rives ouest du lac Victoria, Eyassi, centre du Tanganyika), atteste l'ancienneté de celles-ci. Les couches archéologiques contiennent à plus de 5 m de profondeur des matières colorantes et des palettes de couleurs. Au Swaziland, les hommes du Paléolithique supérieur ont exploité une mine de fer il y a 40 000 ans pour extraire l'ocre rouge (cf. Ch. A. DIOP, "L'apparition de l'Homo sapiens", Bulletin de l'IFAN, tome 32, sér. B, nº 3, 1970, p. 627).
C'est l'avènement de la chronologie absolue, c'est-à-dire des méthodes radioactives de datation, en particulier celle du Potassium/Argon, qui permit à la science de réaliser ce progrès et de battre en brèche le dogmatisme qui régnait naguère dans ce domaine. En effet, les méthodes stratigraphiques ne permettaient pas de départager les savants. Ainsi on savait, quant au fond, que le premier habitant de l'Europe était un négroïde migrateur, l'Homme de Grimaldi. Mais une grave autorité, feu le savant français VAUFRAY, avait décrété que l'Afrique était à la traîne. Dès lors, les faits préhistoriques africains apparaissaient trop récents aux yeux des savants pour pouvoir expliquer ceux de l'Europe. Manifestement ni le Grimaldien ni l'Homme de Combe Capelle, tous deux négroïdes, ne sauraient être des indigènes de l'Europe ; cependant une difficulté chronologique, liée aux limites des méthodes stratigraphiques, ne permettait pas de les faire venir d'Afrique.
La différenciation raciale s'est effectuée en Europe, probablement dans la France méridionale et en Espagne, à la fin de la dernière glaciation würmienne entre - 40 000 ans et - 20 000 ans. Nous comprenons maintenant, à la lumière des faits précités, pourquoi le premier habitant de l'Europe fut d'abord le négroïde de Grimaldi, responsable de la première industrie lithique du Paléolithique supérieur européen, appelée industrie aurignacienne. Certains ont cru voir dans le Périgordien inférieur une industrie proprement européenne, antérieure à la précédente et dont le créateur serait le véritable indigène de l'Europe par opposition au négroïde grimaldien envahisseur ; il s'agit de l'Homme de Combe Capelle ; c'est oublier que ce dernier est un négroïde aussi typique que le Grimaldien lui-même et que les deux individus appartiennent bien au même type anthropologique ; c'est la raison pour laquelle, Périgordien inférieur et Aurignacien furent d'abord considérés comme formant une seule et même industrie. Il n'est pas possible d'exposer ici toutes les raisons qui ont conduit à faire ces distinctions tardives. Nous renvoyons à notre article cité ci-dessus.
Les négroïdes de Grimaldi ont laissé leurs innombrables traces sur toute l'étendue de l'Europe et de l'Asie, depuis la presqu'île Ibérique jusqu'au lac Baïkal en Sibérie, en passant par la France, l'Autriche, la Crimée, le bassin du Don, etc. ; dans ces deux dernières régions, feu le professeur soviétique GUERASSIMOV, un savant d'une rare objectivité, a identifié le type négroïde des crânes trouvés dans le Moustérien moyen. M. BOULE et H.V. VALLOIS insistent sur le fait que les couches de localisation des Grimaldiens sont toujours en contact direct avec celles du Moustérien où vécut le Néanderthalien finissant, autrement dit il n'y a pas une autre variété d'Homo sapiens qui serait un prédécesseur du Grimaldi en Europe et en Asie.
Tête et statuette aurignaciennes trouvées dans le sud de la France
Le premier leucoderme n'apparaîtra, si l'on en juge par la morphologie, que vers -20 000 ans environ : c'est l'Homme de Cro-Magnon ; il est probablement le résultat d'une mutation du négroïde grimaldien durant une existence de 20 000 ans sous ce climat excessivement froid de l'Europe de la fin de la dernière glaciation.
Les Basques, qui vivent aujourd'hui dans la région franco-cantabrique où naquit le Cro-Magnon seraient bien ses descendants ; en tout cas, ceux-ci sont nombreux dans le midi de la France.
L'Homme de Chancelade, qui serait le prototype du jaune, apparaît à l'âge du renne, il y a environ 15 000 ans, au Magdalénien ; serait-il un métis des deux stocks du Grimaldien finissant en Europe et du nouveau Cro-Magnon, sous un climat froid ?
Ainsi l'humanité a pris naissance en Afrique et se serait différenciée en plusieurs races en Europe où le climat était suffisamment contrasté à la fin de la glaciation würmienne.
Si l'humanité avait pris naissance en Europe, elle aurait été d'abord leucoderme pour se négrifier ensuite sous l'équateur, par l'apparition d'un écran de mélanine au niveau de l'épiderme protégeant l'organisme contre les ultraviolets.
Donc, point de jugement de valeur ; il n'y a aucune gloire particulière à tirer de l'emplacement du berceau de l'humanité en Afrique car ce n'est qu'un fait du hasard ; si les conditions physiques de la planète eussent été autres, l'origine de l'humanité eût été différente.
Ainsi, l'intérêt de cet exposé réside uniquement dans la nécessité de connaître, avec le plus de rigueur scientifique possible, le déroulement des faits relatifs au passé humain pour restituer à ceux-ci tout leur sens et aussi pour dégager les fondements mêmes de la science et de la civilisation.
On peut alors mesurer l'ampleur du mal perpétré par les idéologues qui falsifient sciemment ces données. à la lumière des faits signalés ci-dessus, il apparaît normal que l'Afrique, qui n'a pas vu naître l'Homme de Cro-Magnon et l'Homme de Chancelade, ignore leurs industries respectives : le Solutréen et le Magdalénien. Par contre, elle connaît une industrie de type aurignacien (égypte, Kenya, etc.) dont l'âge devra être réexaminé à la lumière des nouvelles techniques de datation.
Mais comme on pouvait s'y attendre, l'anthropologie physique, utilisant les dernières acquisitions de la génétique, de la biologie moléculaire et de l'analyse linéaire, nie la race et n'admet que la réalité des populations : de la haute science fortement enrobée d'idéologie ! car dès qu'il s'agit de la transmission d'une tare héréditaire, de l'anémie falciforme en l'occurrence, la notion de race réapparaît : l'anémie falciforme ne frappe génétiquement parlant que les nègres dit la même science qui nie la race. S'agissant de la thalassémie, autre tare héréditaire qui frappe la race alpine ou blanche méditerranéenne, l'anthropologie physique s'exprimera par euphémisme : cette maladie n'atteint que les "habitants" du pourtour de la Méditerranée.
La race n'existe pas, est-ce à dire que rien ne me permet de me distinguer d'un Suédois et qu'un Zoulou peut aller démontrer à Vorster qu'ils ont le même stock génétique et que partant, au niveau du génotype, ils sont des jumeaux, même si accidentellement leurs deux phénotypes, c'est-à-dire leurs apparences physiques, sont différents ?
Certes, la dilution des gènes de l'espèce humaine au cours des temps préhistoriques est très importante, mais de là à nier la race au sens où elle intervient dans l'histoire et dans les relations sociales, c'est-à-dire au niveau du phénotype qui seul intéresse l'historien et le sociologue, il y a un pas que la vie quotidienne interdit de franchir.
Pourquoi une certaine anthropologie physique utilise-t-elle cette manière savante de noyer le poisson ? Lui répugne-t-elle de tirer rigoureusement toutes les conséquences de l'origine monogénétique de l'humanité et partant de prendre en considération le processus réel d'apparition des races ? Mais une certaine avant-garde occidentale commence déjà à répandre courageusement ces idées : et c'est un Américain blanc qui écrit : "I proceeded to explain that the first human beings were black and that light skinned people developed later, by natural selection, to survive in temperate climates ; it made us all feel much closer". "Je me mettais à expliquer que les premiers hommes étaient noirs et que les peuples de peau claire apparurent plus tard, par sélection naturelle, pour survivre en climats tempérés ; ceci nous rapproche".
Poterie décorée égyptienne période prédynastique Calebasse décorée afrique actuelle
L'industrie paléolithique étant attestée dans la vallée du Nil, il apparaît donc que celle-ci fut nécessairement peuplée uniquement de négroïdes depuis l'origine de l'humanité jusqu'à l'apparition des autres races (- 20 000 ans à - 15 000 ans) et nous verrons qu'à quelques infiltrations près, datant de la fin du IVe millénaire et plus sûrement du début du IIIe, les leucodermes étaient absents en égypte et le resteront pratiquement jusqu'à - 1 300, époque des grandes invasions des Peuples de la mer sous la XIXe dynastie.
Culture de Nagada. Hiéraconpolis (vers 3400 av. J.-C.)

Le tableau générique des races représentées dans le tombeau de Ramsès III (XIIe siècle avant J.-C. fig. 8), montre que les égyptiens se percevaient comme des nègres. En effet, l'artiste égyptien n'hésite pas à représenter le type génétique de l'égyptien, le personnage a, par un nègre typique, un nubien ; LEPSIUS qui a fait ce relevé, s'étonne et écrit : "là où on s'attendait à voir un égyptien, on nous représente un nègre authentique". Ceci ruine toutes les études tendancieuses des idéologues et montre que les égyptiens n'établissaient aucune différence ethnique entre eux et les autres Africains ; il s'agissait du même univers ethnique et l'on pouvait mettre un nègre nubien à la place d'un nègre égyptien ; dans le même ordre d'idée, l'artiste égyptien pouvait mettre un blanc à la place d'un autre blanc, cela importait peu, d'où l'interversion des personnages b et d, tandis que leurs noms génériques restent à leurs places habituelles. Tombeau de Ramsès III
Il apparaît ainsi que sur les fresques du même genre les égyptiens ont voulu représenter les ethnies de l'époque tout en respectant une loi de composition picturale : un nègre, un blanc, un nègre, un blanc. Donc, ce que les idéologues appellent les erreurs ou les imperfections de cette figure 8 sont pour nous les éléments les plus instructifs.
Le pharaon Mentouhotep I - Moyen Empire, XIe dynastie (vers 2100 av. J.-C.)
Il n'est pas possible de mentionner, dans un texte de vulgarisation comme celui-ci, toutes les preuves que nous avons fournies pour étayer l'origine nègre des anciens égyptiens ; contentons-nous donc de citer quelques paragraphes du rapport du colloque du Caire : on sait que celui-ci fut organisé par l'UNESCO, sur notre demande, pour débattre de l'origine des anciens égyptiens et du déchiffrement de l'écriture méroïtique. Le troisième préalable que nous avions proposé, concernant la couverture aérienne de l'Afrique, est en cours de réalisation.
Tête de la momie de Toutankhamon - Nouvel Empire, XVIIIe dynastie (vers -1335)
C'était pour nous une occasion de faire progresser la recherche scientifique africaine tout en démontrant devant la communauté scientifique internationale que nous nous situons sur le terrain de la rigueur scientifique et non sur celui de l'idéologie.
On peut répéter l'expérience du Caire tant que l'on voudra mais on ne pourra pas réunir un groupe de savants plus compétents que ceux qui avaient participé à ce colloque.

S'agissant des pourcentages ethniques imaginés par les idéologues, on lit :
"Le professeur Vercoutter est d'accord pour renoncer aux estimations en pourcentage qui ne signifient rien, aucun élément statistique indiscutable ne permettant de les fixer" (p. 16).
à propos de l'identité culturelle de l'Afrique et de l'égypte, on note :
"Le professeur Vercoutter rappelle que, pour lui, l'égypte est africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser" (p. 17).
"Le professeur Leclant, lui, reconnaît (à l'égypte) ce même caractère africain dans son tempérament et dans sa manière de penser" (p. 17).
Concernant la parenté linguistique entre l'égyptien ancien et les langues africaines, il est écrit : "Sur ce point, à la différence des précédents, l'accord entre les participants s'est révélé large. Les éléments du rapport de Ch. A. Diop et du rapport de Th. Obenga ont été considérés comme très constructifs" (p. 28)."Plus largement, le professeur Sauneron souligne (...) L'égyptien ne peut être isolé de son contexte africain et le sémitique ne rend pas compte de sa naissance, il est donc légitime de lui trouver des parents ou des cousins en Afrique" (p. 29).
La parenté avec les langues africaines est reconnue de façon plus explicite : "Le professeur Sauneron, après avoir noté l'intérêt de la méthode utilisée, puisque la parenté en ancien égyptien et en wolof des pronoms suffixes à la troisième personne du singulier ne peut être un accident, souhaite qu'un effort soit fait pour reconstituer une langue paléo-africaine à partir des langues actuelles" (p. 29).
Comparaison de la conjugaison du verbe "kef" en égyptien ancien, en copte et en valaf (ou wolof) langue actuelle parlée au Sénégal. "La parenté génétique de l'égyptien ancien et des langues de l'Afrique noire est un fait linguistique tangible."
Dans la conclusion générale il est écrit : "La très minutieuse préparation des interventions de Dr Cheikh Anta Diop et Th. Obenga n'a pas eu une contrepartie toujours égale malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l'UNESCO. Il s'en est suivi un réel déséquilibre dans les discussions" (p. 30).
De même, on verra aux pages 34 et 35 que les propositions que nous avions faites relatives au déchiffrement du méroïtique ont été retenues comme pouvant conduire à un résultat intéressant.
Autel avec inscriptions méroïtiques
L'historiographie africaine a donc écrit une page mémorable au Colloque du Caire.
Les nouvelles humanités africaines devront reposer sur les fondements de la culture égypto-nubienne, de même que les humanités occidentales s'appuient sur la culture gréco-latine antique. Sans référence systématique à l'égypte dans tous les domaines de la culture, il ne sera pas possible de bâtir un corps de sciences humaines : le spécialiste africain qui veut faire oeuvre scientifique n'a pas le choix, il ne peut pas se contenter de flirter avec les faits culturels égyptiens.
Il faudrait imaginer un théoricien occidental de science humaine qui essaierait de faire oeuvre scientifique tout en se coupant de la culture gréco-latine ; il ne serait qu'un niais ou un farceur.
Tous les aspects de la vie culturelle de l'Afrique noire renvoient à l'égypte et c'est le manque d'initiation qui empêche de percevoir cela.
Les études linguistiques ne trouveront leur dimension historique que dans ce retour vers le foyer antique, ancestral. Les nouvelles écoles de littérature, de philosophie, d'architecture civile ou militaire, de musique, de sculpture, de peinture, etc. doivent en faire autant. Il s'agit de la redécouverte d'un soi culturel et non d'une imitation servile.
à partir de l'étude des instruments musicaux bien conservés, des rapports harmoniques des cordes, on a pu restituer, d'une façon relativement fidèle, la gamme musicale égyptienne. La musique orchestrale ainsi reproduite s'apparente évidemment à la musique africaine.
Orchestre sous la XVIIIe dynastie (vers 1470 av. J.-C.)
Même la technique sportive de la lutte pourrait être citée ou bien les mythes de notre histoire médiévale. En effet, la cérémonie de rajeunissement du pharaon jette une lumière crue sur les rites régénérateurs que Soundiata du Mali devait accomplir pour retrouver, sinon sur le plan physique apparent, du moins sur le plan ontologique, l'intégralité de sa force vitale pour être apte à régner dans un pays, une aire géographique où les infirmes, même les blessés de guerre, sont écartés du trône.
De même le Dieu bélier, crachant la foudre, représenté sur les fresques du Palais d'Abomey, renvoie nécessairement à la vallée du Nil malgré le caractère récent de cet art ; d'une manière ou d'une autre, une vieille tradition a été conservée et transmise, directement ou indirectement, de génération en génération.
On pourrait rapprocher les phrases parallèles si typiques de la poésie négro-africaine moderne de celles de la "stèle poétique" de Karnak relatant en vers, 800 ans avant Homère, les victoires de Thoutmosis III.
Dans le cadre de la réforme des programmes africains, l'enseignement de la philosophie grecque (Platon, épicure, Aristote...) devrait être précédé par celui de la cosmogonie (philosophie) égyptienne pour mieux mettre en évidence le lien de filiation qui unit la première à la seconde.
L'enseignement du droit égyptien devrait primer l'étude du droit romain dans les programmes d'histoire du droit. Une théorie scientifique du droit africain partira nécessairement de l'étude du droit égypto-nubien.
Les religions monothéistes actuelles dérivent de la religion égyptienne : en particulier la figure du Christ est identifiable point par point à celle d'Osiris ; le mot Christ lui-même est une racine égyptienne passée en grec et appliquée tardivement à Jésus au IVe siècle (voir p. 95).
Le livre des morts (vers 1300 av. J.C.)
Il serait intéressant de susciter des recherches dans le domaine d'une esthétique expérimentale qui consisteraient à soumettre à l'analyse harmonique l'ensemble des différents styles de sculpture africaine. On verrait ainsi si l'art nigérian d'Ife, si réaliste, respecte la section d'or ou non.
Dans le même ordre d'idée, on étudierait ce que nous pourrions appeler la "loi d'écart" des différents styles expressionnistes africains. Autrement dit, la loi exprimée sous forme d'un rapport numérique, selon laquelle tel style s'écarte délibérément et invariablement de la section d'or ; ce rapport mathématique abstrait correspondrait toujours à une invention plastique, un mode d'expression sur le plan du rendu des formes.
En effet, la section d'or n'est qu'une valeur moyenne, celle qui correspond au naturalisme le plus parfait, au rythme de développement de la nature, qu'il s'agisse de la croissance des plantes ou du rythme d'espacement et de réduction des spirales d'un coquillage. Elle traduit donc les proportions a priori ni trop massives ni trop filiformes. Mais il serait intéressant d'étudier la signification plastique des autres rapports encadrant celui du nombre d'or et de voir comment ils sont souvent utilisés inconsciemment par les différentes écoles expressionnistes du monde entier.
Il serait en particulier instructif d'analyser sous cet angle un masque expressionniste Dan et un masque d'une bobine Gouro. Peut-être trouverait-on des valeurs encadrant le nombre d'or 1,618 ou 0,618.
La section d'or est attestée sur de nombreux monuments égyptiens, en particulier sur ceux de l'Ancien Empire à Karnak, à Gizeh, etc.
Par conséquent, il serait indiqué de reprendre la définition du canon plastique égyptien fournie par CAPART, à la lumière de ces nouvelles données pour voir si celle-ci ne se ramènerait pas au canon de la "divine proportion".
Quoi qu'il en soit, l'exposé ci-dessus invite à réécrire l'histoire universelle en y rendant au noir le rôle primordial qu'il a effectivement assumé dans l'édification de la Civilisation.
Premières attestations de l'écriture hiéroglyphique égyptienne, la plus ancienne du monde connue à ce jour (Abydos, vers 3250-3400 av. J.-C.)
Papyrus Rhind : Mathématiques. Papyrus rédigé par le Scribe Ahmès vers 1650 av. J.-C.